Libre opinion du général (2S) Jean-Marie Faugère sur le site de l’ASAF : VIGIPIRATE, questionnement légitime sur le rôle des armées ?

31032015

L’exécution du plan gouvernemental VIGIPIRATE au stade le plus élevé de son intensité, dénommé à l’occasion Sentinelle, à l’issue des événements du 7 janvier dernier a vu le recours aux forces armées dans le cadre d’une action d’ensemble contre le terrorisme. Déployé en dehors de tout état d’exception (état de siège, état d’urgence, défense opérationnelle du territoire), ce plan est destiné à assurer la sécurité de lieux et de points sensibles. Il pose néanmoins la question du rôle des armées sur le territoire national et des conditions d’engagement de soldats en armes dans un cadre qui n’est pas rigoureusement défini sur le plan juridique, à l’inverse justement des états d’exception évoqués plus haut.

Mis en œuvre à des fins politiques pour rassurer la population, Sentinelle répond davantage à une préoccupation d’ordre émotionnel qu’à un objectif précis visant à l’efficacité militaire. Les armées ont été en quelque sorte réquisitionnées par la puissance publique, sous l’autorité des préfets, mais sans être pour autant considérées comme des forces dites de 3ème catégorie, destinées au maintien de l’ordre.

Dès lors, les règles de comportement et d’engagement imposent de limiter l’usage de la force à la stricte légitime défense, ce qui induit que les armées ne peuvent pas « ouvrir le feu d’initiative », tout comme les policiers en temps normal, à l’inverse des gendarmes qui jouissent de cette faculté en tant que force de police à statut militaire. L’agression d’une garde statique de militaires par un individu armé d’un couteau à Nice, illustre bien la maîtrise de la force par nos soldats qui n’ont pas fait usage de leurs armes, avec un grand sang-froid, bien qu’ils se soient trouvés en état de légitime défense.

Le plan Vigipirate incluant une forte participation des armées est appliqué sans interruption depuis septembre 1995 – bientôt vingt ans – à des degrés divers de mise en œuvre selon les périodes. Le stade actuel dit « alerte attentat » est le plus élevé.

Mais, cette durée exceptionnelle d’activation pour un plan de sécurité nationale pose in fine la question de la finalité du rôle des armées, tout autant que celui des forces de l’ordre par contrecoup. La posture actuelle qui requière la participation de 10.500 militaires, essentiellement de l’armée de terre, n’est pas tenable dans la durée sauf à remettre en cause l’entraînement des unités et leur participation aux opérations extérieures. D’autant que la situation justifiant la mise en œuvre de Sentinelle pourrait paraître comme définitivement installée par tous nos concitoyens, ce qui va rendre particulièrement délicate l’annonce à un retour à des stades d’alerte moindres, voire à un désengagement des armées.

Le fait que le Président de la République ait lui-même annoncé le ralentissement de la déflation des effectifs des armées entre 2015 et 2019, montre bien que les contrats opérationnels donnés aux armées, en adéquation supposée avec les menaces et leurs missions, étaient sous-estimés. On pourrait en dire autant des forces vives de la police et de la gendarmerie, dont les effectifs ont aussi connu une décrue depuis 2008, moins forte cependant que celle vécue par les armées, puisque la raison principale du recours aux armées tient à la nécessité de soulager l’effort des forces de l’ordre et de sécurité.

Mais, s’agissant de l’engagement d’unités de l’armée de terre, la véritable interrogation tient à la mission qui leur est confiée et aux modalités de son application. S’il est normal et légitime que les armées interviennent dans l’urgence en tant que seule force organisée au plan national, dotée des moyens nécessaires, pour pallier l’inexistence, l’insuffisance, l’inadaptation ou l’indisponibilité des moyens des forces de l’ordre et de sécurité, on ne saurait considérer comme normale une perpétuation de ce rôle, l’urgence passée, notamment depuis la création après-guerre des compagnies républicaines de sécurité et des groupements de gendarmerie mobile.

En effet, les armées doivent rester sur le territoire national le dernier recours, l’ultima ratio des gouvernants dans ce type d’intervention. A défaut d’user des « états d’exception », l’emploi de l’armée devrait signifier à l’ « adversaire » et à l’opinion publique un changement de posture, décidé par le gouvernement, devant la gravité d’une situation jugée elle-même exceptionnelle. C’est un signal fort. L’engagement d’un soldat en arme formé à neutraliser ou à détruire un adversaire ne doit pas se diluer, encore moins se dévaluer, sauf à contredire son statut singulier et spécifique de soldat. L’image de militaires en armes employés comme supplétifs de forces de l’ordre n’est pas saine. En ce sens, le défaut d’usage de ses armes à Nice par la patrouille agressée, délivre un signal négatif à l’égard de l’ « adversaire », lequel peut le considérer comme un aveu de faiblesse. Il faut méconnaitre la réalité de l’état militaire pour se féliciter de ce comportement et en faire le parangon des actions militaires à venir.

Si l’on considère que nos sociétés européennes sont exposées pour longtemps à la menace terroriste, hypothèse d’autant plus vraisemblable qu’elle est liée au fort taux d’engagement de nos armées en  interventions extérieures, il devient urgent de réfléchir et de statuer sur les missions données aux armées sur le territoire national. Il conviendrait surtout de leur accorder un statut particulier agrémenté d’un environnement juridique approprié qui ne peut se confondre avec celui des forces de l’ordre. Car, même si les missions de nos soldats, en zone urbaine, évoluent de gardes statiques vers des patrouilles plus mobiles pour les rendre moins vulnérables, la finalité des armées n’est ni de rassurer les populations, ni de contribuer à la diminution de la délinquance, mais bien de combattre un ennemi déclaré avec les moyens adéquats.

Jean-Marie FAUGERE




Interview du CEMA dans la Tribune : « Nous pourrions ne plus être capables de remplir les opérations extérieures » (chef d’état-major des armées)

10032015

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Avec l’opération Sentinelle dans le cadre de Vigipirate, le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers a « constaté que dans deux ans, nous serions incapables de la mettre en place pour des raisons de rythme et de volume de déflation des effectifs sans toucher aux opérations extérieures ». 




Merci pour la France !

19022015

Ce matin, 08h25 sur la ligne 1 du métro.

Une dame habillée de noir, la cinquantaine active, lie conversation avec un groupe Vigipirate d’un régiment de transmissions.

Un groupe équipé au complet, bien tenu. Clair et sobre dans sa mission.  Un sous-officier du groupe sanguin « A+ » lui explique le système de poches du gilet pare-balles. Pédagogie, sourires, complicité partagée avec les trois jeunes engagés qui occupent l’espace,  debouts à proximité de la porte.

Elle attend le dernier moment pour descendre de la rame. Pas à « Nation » mais à « Gare de Lyon ».

Elle se retourne et, avant que la porte ne se ferme, elle lance dans un sourire : « Et merci pour la France ! ».




Débat : Enseigner la Défense ?

5022015

Enseigner la défense, que peut dire un militaire ?

par le GBR (2S) Paul MOREAUX

Le débat s’est à nouveau ouvert sur la nécessité d’un service civique obligatoire. Il est opportun de rappeler que les Maires ont déjà la possibilité d’engager leurs jeunes gens dans leur réserve communale de sécurité civile.
L’Epaulette publiait dans son N° 179 de décembre 2012, ce rappel sur l’existence des lois inappliquées, dont le but était justement de dire au jeune citoyen ce que la société attendait d’eux.
Mais ces lois demandaient aux maires d’agir avec leurs moyens et leurs ressources. C’est à dire de prendre leurs responsabilités. Peu l’ont fait, mais l’exemple de Gonfreville l’Orcher, cité dans l’article joint, montre ce que peut la volonté. C’est tellement plus facile, sous la pressions des événements,  de reporter la responsabilité sur l’État en demandant un retour au service civique obligatoire…
D’autres renvoient la réserve communale de sécurité civile (RCSC) à ses limites : elle n’est employable que sur le territoire de la commune. On peut répondre à cette objection qu’il suffirait d’autoriser le préfet du département à coordonner l’action des RCSC sur une zone de catastrophe.
Et les militaires ? Dans un autre article, nous rappelions qu’il existe un militaire chargé de la mise en œuvre des moyens militaires dans le cadre des plans de secours et de défense : le DMD. Il suffirait de lui adjoindre pour 1, 2 ou 3 ans, les officiers dont les armées doivent, au titre de la nouvelle LPM, se séparer. Ce serait un temps utilisé par eux pour se reconvertir et trouver un emploi, en même temps qu’ils planifieraient et qu’ils instruiraient dans les mairies et les écoles.

Enseigner la défense, c’est situer le citoyen à sa place de guerrier dans la société et non situer la place donnée au guerrier dans la société. Le dispositif d’enseignement de la défense mis sur pied à partir de 1997 vise justement la première proposition mais son application atteint la seconde.  

Avec la conscription, la France faisait le « triple apprentissage de la nation, de la citoyenneté et de la République » (Annie Crépin[1]). En 1996, la France a modifié radicalement sa vision de la défense : le pays encerclé était devenu sans ennemis, presque sans frontière. Quand toutes les ressources de la nation pouvaient être mises au service de la défense en cas de menace sur les intérêts vitaux, il n’y avait plus qu’un budget restreint et, bientôt le livre blanc parlerait de sécurité nationale et de défense (le qualificatif de « nationale » ne s’y appliquant pas).

La loi 97-1019 du 28 octobre 1997 sur la suspension du service  militaire décide avec philosophie de répartir l’enseignement de la défense entre trois acteurs : le militaire, l’élu et l’enseignant. Le principe défini est logique quoique mal connu et il suffit de balayer les actions d’enseignement aux trois niveaux du parcours de citoyenneté pour s’apercevoir que sa réalisation, très inégale, mène souvent au rejet du jeune citoyen, guerrier par nature, ou à son renvoi vers un corps très réduit : les armées.

LA SUSPENSION DU SERVICE MILITAIRE, QUI  ENSEIGNE LA DEFENSE ?

Dans « de la République » Platon[2] dit que l’équilibre d’une société repose sur trois piliers : ses philosophes (comprendre : ses dirigeants), ses commerçants (comprendre : ceux qui font vivre  la cité par le commerce de leur travail, de leurs idées, de leurs biens, de leur argent…) et ses guerriers (comprendre : ceux qui sont en charge de la défense et de la protection de la cité). Lorsque la valeur de l’un de ces piliers change par rapport aux autres la société est déstabilisée.

Les sages qui ont décidé, avec l’accord du peuple français, de changer radicalement la nature du pilier « guerriers » en 1996 savaient très bien que l’affaiblissement qu’ils portaient à ce pilier allait modifier la nature même de la société. Les philosophes et sociologues de l’époque annonçaient la conséquence naturelle de ce changement : l’inconnu. La période de transition durera une génération (le temps que ceux qui ont été éduqués, sans connaître cette partie du corps des guerriers qu’est l’armée, arrivent au pouvoir). C’est donc vers 2025 que nous verrons le résultat de la décision prise par le peuple français en 1996.

Nos gouvernants, bien conseillés, ont décidé d’accompagner la période de transition d’un « enseignement de la défense ». Celui-ci a été confié à l’Education Nationale (choix en référence aux « hussards de la République »), aidée par les armées et l’IHEDN à travers les trinômes académiques. Un peu plus tard, ils ont modifié les lois qui régissent la sécurité civile et affirmé l’émergence d’une qualité nouvelle à développer : la résilience.

Le parcours de citoyenneté fait passer tous les jeunes Français par trois étapes chronologiques: l’apprentissage de la citoyenneté à l’école, le recensement militaire à la Mairie et la présentation des Armées en local militaire. Ce parcours est progressif et inégalement réparti : les Armées ont une simple action de couronnement d’un enseignement qui a accompagné le jeune de la communale à la terminale, la Mairie a le second rôle, celui d’indiquer au jeune ce que la société attend de lui, le poids principal repose sur l’école : enseigner la citoyenneté.

Donc, enseigner la défense, c’est positionner le citoyen dans sa société, ses règles et ses lois (l’apprentissage de la citoyenneté), lui montrer quelle est sa place de guerrier dans cette société (recensement militaire) et quelle est la place du guerrier dans la société (journée d’appel de préparation à la défense). En règle générale, le dispositif a été tronqué : la défense, c’est le rôle des armées, la mairie se contente souvent d’un rôle administratif (ce n’est pas toujours le cas), les écoles font l’enseignement de la citoyenneté par touches ponctuelles.

L’APPLICATION DU PARCOURS DE CITOYENNETE

Le contact des jeunes avec les armées : l’incompréhension qui suit une mauvaise préparation.

Les journées d’appel de préparation à la défense sont faites pour présenter le volet ultime de la défense, le dernier recours, son expression la plus exceptionnelle. Elles sont en réalité une découverte de la défense. Ce que les jeunes reçoivent comme message est à l’opposé de ce qui est souhaité. En effet, ils ne comprennent pas : « les armées sont  le sommet de la défense, leur emploi est l’expression du peuple face à un immense danger » ; ils comprennent : « les armées sont professionnelles, nous avons besoin de 20 000 jeunes par an pour un contrat de quelques années, c’est donc réservé à quelques uns qui ont les qualités requises ». Pour la grosse majorité d’entre vous, c’est simple : « nous n’avons pas besoin de vous ! »

La transformation de la JAPD en JDC (journée défense et citoyenneté) éloigne encore plus les armées des  jeunes citoyens.

Comparez à ce que les plus anciens ont connu : « le pacte de Varsovie nous menace, vous avez 20 ans, votre place est dans les armées pour défendre votre pays », et vous comprenez que cette société dans laquelle arrivent nos jeunes, ne les attends pas…

Le contact avec les mairies : souvent simplement administratif mais parfois bien pensé comme un accueil du jeune guerrier dans la cité.

Ce sont les mairies qui ont pour mission d’intégrer les jeunes dans la société et plus particulièrement les « guerriers ». Dans le parcours de citoyenneté, cela s’appelle : « le recensement militaire ». Son expression la plus simple est l’obligation de passer en mairie à l’âge de 16 ans pour se faire inscrire sur le registre de recensement. La plupart des mairies se contentent du minimum mais d’autres l’ont pris différemment.

Connaissez-vous la loi d’août 2004 sur la rénovation de la sécurité civile ? Ou celle d’août 2005 sur la réserve communale de sécurité civile ? Connaissez-vous Gonfreville l’Orcher ?

La loi d’août 2004 rappelle aux citoyens qu’ils sont responsables de la sécurité des autres citoyens et aux Maires qu’ils sont responsables de la sécurité de leurs concitoyens. Elle enjoint aux Maires d’élaborer un plan communal de sauvegarde pour être en mesure de réagir aux accidents climatiques et technologiques.

La loi d’août 2005 définit le droit pour les maires d’organiser une réserve communale de sécurité civile. Lors d’une catastrophe, les professionnels agissent selon leur spécialité, mais les besoins sont tels qu’il faut énormément d’acteurs d’environnement (déblayage, guidage, regroupements, évacuations, recensement…). La réserve communale de sécurité civile, c’est donc cette masse de citoyens, préparés et encadrés qui aideront les professionnels à exercer leur art et les déchargeront des tâches nécessaires mais annexes à leur métier. Cette réserve est bénévole, la loi garantit une assurance aux réservistes (et à ceux qui les emploie) en cas d’accident.

Gonfreville l’Orcher est une petite ville normande très agréable, dotée d’une immense usine classée Sévezo II, bâtie en partie sur une falaise de craie susceptible d’effondrements, une partie de la ville peut être inondée et comme toutes les villes, elle est traversée par des véhicules dangereux. La mairie est tenue par des philosophes au sens civique et républicain très élevé pour qui les problèmes s’écrivent en équation : « Recensement militaire + plan de sauvegarde + réserve communale = période d’information et d’accueil des jeunes ». En juin, lorsque les jeunes des secondes sont assez libres (passage du baccalauréat), ils sont regroupés pour une période d’information. Ils découvrent les corps professionnels de la sécurité et de la protection, l’organisation des secours, de la Mairie…Ils touchent le matériel, discutent avec les professionnels et apprennent qu’on a besoin d’eux, que la ville les attend, qu’ils pourront entrer dans la réserve communale de sécurité civile où ils seront encadrés et participeront à l’organisation du secours de leurs voisins, amis et parents.

Voilà le message d’intégration. Dans une société qui développe la résilience, l’intégration du citoyen à la défense se fait à un niveau décentralisé. Ce maire n’est pas en contradiction avec la loi, il pousse à un niveau très élevé sa mission d’acteur de l’enseignement de défense.

Si tous les jeunes citoyens avaient reçu ce message, la journée des armées aurait signifié : «  à ceux qui veulent aller plus loin dans la défense de leurs concitoyens, nous offrons une opportunité exceptionnelle et limitée ».

Jeune citoyen en devenir à l’école : comme une œuvre impressionniste, des touches dispensées au gré de l’histoire, de la géographie et de l’éducation civique, juridique et sociale.

Parler d’enseigner la défense à un professeur de l’éducation nationale attire la réplique : « nous enseignons la citoyenneté, c’est à travers plusieurs années, plusieurs matières que nous allons forger un esprit citoyen qui sentira son devoir de protéger et de développer ce que ses parents lui ont légué. »

L’éducation nationale a très bien qualifié et programmé sa partie d’enseignement à la citoyenneté mais le guerrier est oublié, parfois méprisé…et l’histoire nationale a rejoint sa place dans l’histoire (encore balbutiante) de l’Europe et du monde.

MOT D’UN MILITAIRE

Il faut faire un effort pour séparer le monde dans lequel entrent nos jeunes et celui dans lequel nous, jeunes, sommes entrés. Nous étions les guerriers attendus dans une France encerclée qui soudait ses citoyens autour d’un résistant magnifique. Aujourd’hui, les jeunes entendent que nous n’avons pas besoin d’eux dans une France diluée au sein d’une Europe qui est à nous et à eux mais qu’ils saisissent mieux que nous.

Nous, les militaires savons à quel point l’Histoire est partiale et vise un but. Nous savons aussi que la géographie a toujours raison. Enseigner la défense, c’est aussi revoir l’histoire et la géographie. C’est aussi peut-être admettre que c’est la fin de la puissance des Etats nation.

Charlemagne est-il un empereur français ou allemand ? La carte de son empire ne nous renseigne guère. On y voit presque l’Europe des six. Évidemment, l’histoire des possessions territoriales appuie souvent les ressorts politiques et dans l’histoire de la France, nous voyons François 1er encerclé après l’échec du « camp du drap d’or », tendre la main à Soliman le Magnifique. L’armée multinationale de Fontenoy est cachée sous la dentelle de l’ « après vous Messieurs… ». La Révolution et Valmy nous pousseront vers la nation en arme et nos nations se massacreront.  Les guerriers qui ont fait les deux guerres mondiales ont écrit une nouvelle page de notre histoire d’Europe. C’est une histoire de paix que nous continuons d’écrire.

Lorsqu’on regarde la carte de l’Europe on est frappé de voir ses fleuves partir du centre et irriguer son étendue sans solution de continuité. Le bleu, présent dans la terre, l’encercle aussi et porte toute la logistique et les peuples qui se déplacent.

Et cette Europe a un esprit[3]  façonné par  l’humanisme et la démocratie. L’Europe se construit sans dirigeant fort, la loi de l’opinion publique s’y développe. Nous sommes très loin du résistant providentiel qui incarne la nation.

L’esprit de citoyenneté qui baigne nos jeunes est européen, si nous ne saisissons pas cela, nous ne comprenons pas les jeunes ni l’enseignement qu’ils reçoivent.

Acteurs de l’enseignement de la défense, nous avons un effort d’information à faire. « Nous ?», il s’agit bien sûr des militaires dont la parole s’est libérée par la grâce de la fin du service actif, pas de nos chefs ni de nos camarades qui, dans l’active font avec respect mais avec force, valoir la nécessité d’une défense moderne.

Nous ferons bien notre effort d’information en rappelant autour de nous, aux citoyens et élus que nous côtoyons, que la cité sans guerrier est une cité sans protection, qu’un jeune est guerrier par nature et qu’il a besoin qu’on l’accueille et lui dise sa place. Si ce n’est pas l’institution qui le fait, d’autres s’en chargent et animent des bandes ou des armées privées.

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[1]    Annie Crépin : la conscription en débat ou le triple apprentissage de la nation, de la citoyenneté et de la République ». Voir rubrique bibliographie.

[2]    Platon : De la république. Voir rubrique bibliographie.

[3]    Lucien Jaume : Qu’est-ce que l’esprit européen ? Voir rubrique bibliographie




La situation de nos armées est grave, un article du général (2s) Pertuisel

20012015

La situation de nos armées est grave, un article du général (2s) Pertuisel, membre du conseil d’administration de L’EPAULETTE

Les dramatiques évènements de ces jours derniers à Paris et à Dammartin-en-Goële et les décisions de renforcer le dispositif militaire de sécurité sur notre territoire national, me conduisent à faire part de ma réflexion sur l’état de nos armées, sur l’état de VOS armées.

Après 37 ans de carrière au Service de la Nation et après avoir tenu des postes de haute responsabilité les dernières années, je me sens tout à fait autorisé à exprimer mes craintes quant à la capacité de notre pays à assurer sa défense et sa sécurité dans le temps. J’estime que c’est pour moi un Devoir.

A voir le magnifique défilé du 14 juillet chaque année sur les Champs Elysées, avec ces hommes, ces femmes et ces matériels si rutilants, on pourrait encore croire que nos armées sont celles d’un très grand pays. Malheureusement, si des décisions drastiques d’augmentation des budgets dévolus à la Défense ne sont pas prises, la France n’aura bientôt plus les moyens d’assurer sa sécurité et ne pourra que parader sur la plus belle avenue du monde…

Le « Livre Blanc sur la Défense et la sécurité » a été revu en 2013 pour redéfinir les menaces et les moyens qu’il faut consacrer pour s’en prémunir. Alors que c’est bien avec cette logique de besoin qu’il aurait fallu le construire, c’est avec une logique de ressources qu’il l’a été. C’est sous la tyrannie et le dictat de Bercy que se font aujourd’hui plus que jamais les budgets de la Défense. L’objectif est simple et clair : il est prioritairement de réduire la masse salariale et non de parer à des menaces de plus en plus réelles et importantes! Qui d’entre nous aurait l’idée de faire des économies sur ses assurances ? C’est bien de cela qu’il s’agit pour la France, c’est de faire des économies sur ses moyens de Défense !

Il y a quelques années, sur le ton de la plaisanterie, et sans doute pour se rassurer, nous disions (les militaires de l’armée de Terre- la plus « nombreuse ») que nous finirions par tous tenir dans le stade de France. Nous y sommes puisque les seules « forces opérationnelles » (66 000 hommes) peuvent facilement y tenir.

Nos responsables politiques viennent de décider d’engager 10 000 hommes sur le territoire national. Il n’est pas question pour moi de nier ce besoin, bien au contraire. Les armées sont là pour assurer la sécurité de leurs concitoyens. Mais il faut savoir que c’est le contrat opérationnel maximum que prévoit aujourd’hui le Livre Blanc pour la sécurité de notre territoire national. Il faut aussi savoir que cet engagement va évidemment durer dans le temps et qu’il faudra relever ces hommes, les remplacer au bout de quelques semaines ou quelques mois. Dans le même temps nous sommes engagés en Afrique et au Proche et Moyen Orient pour lutter aussi contre le terrorisme, à sa racine. Ce sont ainsi plus de 8000 hommes et femmes qui sont engagés. Pour que ces 18 000 militaires puissent être engagés, il en faut en fait trois fois plus. En effet, 18 000 s’entrainent pour être prêts au combat et 18 000 se « remettent en condition » après avoir été engagés (congés, formation continue, …). Les effectifs des armées d’aujourd’hui ne permettront pas longtemps de tenir un rythme aussi soutenu (en espérant que d’autres crises ne se déclenchent pas par ailleurs…).

Après la chute du mur de Berlin et la confrontation Est-Ouest, et jusqu’à aujourd’hui encore, on a voulu vous faire croire que les guerres étaient loin de nous et qu’il n’y avait donc plus lieu d’avoir des forces armées « pléthoriques ». Il est quand même paradoxal de constater que notre gouvernement actuel, qui a eu une propension à vouloir réduire encore plus nos armées, les engage (à juste titre) comme jamais cela n’a été… Où est la cohérence ???

Il est temps que notre représentation nationale se rende à l’évidence avant qu’il ne soit trop tard (en espérant qu’il ne le soit déjà pas) et décide enfin de redresser la situation dangereuse de nos armées (et donc de notre pays) en leur donnant les moyens nécessaires et suffisants. Car ils ne le sont plus depuis déjà un bon moment. Incapacité de doter tous nos soldats des meilleurs équipements, incapacité d’entretenir les matériels (disponibilité moyenne bien souvent très inférieure à 50% !), difficultés pour s’entrainer, conditions de vie parfois déplorables…

Les Français ont de la chance d’avoir des militaires ayant un sens aussi élevé du Devoir, du Service et avec une telle abnégation. Il y a bien longtemps que d’autres grands corps de l’Etat se seraient fait entendre…

Comme nos policiers et nos gendarmes, les soldats de la France sont prêts à donner leur vie pour leurs Pays et leurs compatriotes. Mais qu’on ait la décence de leur donner tous les moyens nécessaires pour assurer leur missions et notre sécurité !

En complément de ces quelques lignes je voudrais vous citer les propos prémonitoires tenus par le chef d’état-major de l’armée de Terre fin novembre, le général d’armée Jean-Pierre Bosser, qui vous permettront de compléter votre réflexion sur ce sujet très grave : « Il me semble raisonnable de considérer que la nature des opérations et l’envergure des défis sécuritaires inscrivent l’action militaire, hors et désormais à l’intérieur de nos frontières, durablement ».

N’ayons pas peur des mots, notre pays est en guerre pour de nombreuses années et ce n’est pas le moment de baisser la garde. C’est pourtant bien ce que font nos politiques aujourd’hui et certainement pas les chefs militaires (qui ne sont qu’aux ordres, conformément aux principes de la démocratie et de la République). Les chefs militaires en fonction aujourd’hui ne peuvent qu’alerter nos politiques (ce qu’ils ont toujours fait avec vigueur et qu’ils continuent à faire, je peux en témoigner). C’est bien à nos dirigeants politiques de prendre leurs responsabilités et surtout de faire preuve de courage dans les lourdes décisions qu’ils devront prendre pour faire que la France puisse toujours tenir son rang sur la scène internationale et surtout pour assurer la sécurité de tous les Français ! La paix et la sécurité comme la vie n’ont pas de prix. Il faudrait enfin que nos dirigeants en prennent conscience !

Général (2s) Yann PERTUISEL




Restructurations : les Mesures 2015

18102014

181014

 

Vous êtes sûrement au courant des mesures annoncées par le MINDEF il y a trois jours. Elles ont largement circulé sur le net mais sont disponibles – dans leur version et leur sabir officiels – ci-après :

fichier pdf Dossier thématique Restructurations 2015

fichier pdf Restructurations 2015 Message du ministre de la Défense

Même si elles étaient prévisibles comme conséquence de la nouvelle LPM et, pour certaines connues par des indiscrétions, elles font toujours mal au coeur des soldats et de leurs familles qui savent que pour « être, il faut durer », à l’échelle d’un pays comme à celle de ses défenseurs. Et que la transformation nécessaire et urgente d’un pays ne repose pas que sur le sacrifice commode et renouvelé des plus discrets de ses fils et filles.

Elles font mal aussi à nos territoires, marqués par l’Histoire et aujourd’hui transformés en déserts militaires. Alors même que le monde n’a jamais été aussi dangereux, mêlant l’accroissement des risques et le retour des menaces, et que les « âmes » européennes n’ont jamais été aussi désarmées.

Elles font mal, enfin, à cause de ce choix, malsain et contre-productif, de l’annualité des annonces et de l’échenillage des mesures, de cette incapacité à nous dire la vérité en face, nous qui voyons tous les jours, en opération comme dans les garnisons, l’état du monde et celui de notre pays.

Nous y reviendrons.




Article du Point : la perte de crédit de l’Occident

8102014

Caroline Galactéros signe un article dans Le Point de cette semaine sur « la chute de l’Occident » sur lepoint.fr, rubrique actualité/ international, dont un extrait est dans la version papier p.54.

http://www.lepoint.fr/monde/caroline-galacteros-comment-l-occident-a-perdu-tout-credit-02-10-2014-1868671_24.php

 

 




ASAF : La Défense, une arme pour redresser la France

10092014

asaf-LOGO

Vous trouverez ci-dessous la lettre de l’ASAF du mois de septembre.

En cette période où les Français sont légitiment inquiets par la confusion politicienne, la situation économique et financière et les menaces qui pèsent sur la France, l’ASAF estime que la Défense constitue, plus que jamais, un atout majeur pour redresser notre pays.

Le numéro 104 de la revue trimestrielle ENGAGEMENT est en cours d’impression. Les abonnés la recevront à partir du 15 septembre ainsi que le nouveau supplément associatif.
Le sommaire de cette revue de 84 pages est sur le site de l’ASAF (www.asafrance.fr).

Henri Pinard Legry, Président de l’ASAF

La Défense, une arme pour redresser la France

Les réflexions que suscite l’actualité devraient conduire les responsables politiques de notre pays à accroître les ressources consacrées à la Défense.

Une Défense en situation de rupture

Celle-ci se trouve dans un état de fragilité et de paupérisation que seules la débrouille du système « D » et une certaine fierté des militaires arrivent encore à masquer aux yeux des Français. Pourtant les auditions et les rapports des commissions parlementaires de la Défense sont clairs et mériteraient d’être mieux connus des Français; or, leur contenu est malheureusement trop rarement diffusé par les médias.

50% des matériels indisponibles, des équipements majeurs de 30 à 50 ans d’âge, leur remplacement étant réalisé au compte-gouttes, un niveau d’entraînement en-dessous des normes de l’OTAN, des effectifs insuffisants pour conduire les missions confiées dans de vastes zones d’intervention et assurer des relèves régulières, sans user nos forces de manière accélérée, telles sont quelques-unes des faiblesses de notre armée.
Les opérations extérieures, souvent longues et toujours complexes, exigent du personnel et une diversité de moyens en quantité suffisante que nos armées ne possèdent plus à force de coupes régulières depuis 30 ans. Les nouveaux matériels sont mis en service au mieux 5 à 10 ans après la date initiale prévue et cela en nombre trop réduit. C’est ainsi que, au rythme actuel des livraisons prévu par la loi de programmation militaire de l’hélicoptère de transport NH 90 (29 sur 6 ans), nous aurons encore en 2025 des hélicoptères de transport Puma qui auront 50 ans d’âge !

De tout temps, une France forte s’est appuyée sur une Défense solide

L’analyse de l’Histoire et de l’actualité que devraient faire les responsables politiques de tous bords les conduirait à tirer rapidement la conclusion que le renforcement de la Défense, institution à bien des égards exemplaire, loin d’être un fardeau pour la Nation, est un élément essentiel de sa survie, non seulement en temps de guerre mais également en temps de paix.

Les leçons de l’Histoire

Chacun retiendra des commémorations de 2014 que la France a payé très chèrement son impréparation à la guerre et son refus de se donner les ressources financières nécessaires pour construire un instrument complet et cohérent avec sa politique étrangère. Inversement, seule une armée puissante a permis à notre pays de retrouver son indépendance, son influence et son rang parmi les grandes nations.

La situation internationale

La situation internationale, notamment à l’Est et au Sud de l’Europe, n’a jamais été aussi instable et explosive depuis la fin de la guerre froide.
Comment la France peut-elle ne pas s’impliquer dans des conflits qui se déroulent sur les rives de la Méditerranée, au cœur de pays dans lesquels elle a des intérêts et des responsabilités liées à son histoire ?
Faut-il rappeler que 200 000 Français vivent en Afrique subsaharienne et qu’elle a le devoir de les protéger ou, au minimum, de les évacuer quand ils sont menacés ?
Enfin, peut-elle ignorer le conflit israélo-palestinien alors qu’elle déploie 900 soldats au Liban et qu’en outre, vivent sur son sol les deux communautés religieuses – juive et musulmane – les plus importantes d’Europe ?

La situation intérieure de la France

La France souffre de deux maux qui, s’ils ne se résorbent pas, la conduiront rapidement à la catastrophe : la désindustrialisation et l’implosion de la cohésion nationale. Les deux sont liés dans la mesure où un fort dynamisme économique, créateur de richesses, contribuerait à réduire le chômage et à redonner la fierté, l’ambition et le goût du succès aux Français, bref, à renforcer leur cohésion.
A cet égard, l’industrie de Défense constitue un secteur économique particulièrement dynamique, de haute technologie, exportateur et peu délocalisable. Son développement et l’accroissement des exportations sont liés aux investissements consentis par l’Etat à ce secteur. Pour ceux qui estiment que la France ne doit pas se transformer en marchand de canons, disons simplement que les matériels exportés par la France contribuent largement au développement de technologies « duales », c’est-à-dire ayant des applications civiles, dont bénéficient tous les Français.

Par ailleurs, qui ne voit pas que l’armée est un outil d’intégration et de formation particulièrement efficace de jeunes Français en voie de marginalisation? L’exemple, unique au monde, de la Légion étrangère, comme plus généralement celui des armées, rappelle clairement comment la fierté d’appartenance, l’exigence de discipline, le sens de la mission, le goût de l’effort et du travail bien fait, mais surtout le respect de soi, de l’autre, des règles, des biens et de la France, contribuent à éduquer pour intégrer puis assimiler des jeunes très différents, et souvent vivant en marge de la société, tout en facilitant l’épanouissement de leurs talents au service de la collectivité.

Quand les parlementaires rédigent un communiqué commun dans lequel ils assurent qu’ils vérifieront chaque année la bonne exécution de la loi de programmation militaire (LPM), ils assument les responsabilités que leur ont confiées leurs électeurs. Ils doivent aujourd’hui être convaincus qu’il faut faire mieux que respecter cette loi pour redresser au plus vite un pays malade du déséquilibre mortifère entre les dépenses consacrées aux missions régaliennes qui sont négligées au profit de celles liées aux fonctions administratives et sociales.

LA REDACTION







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