La tribune du CEMA dans les Echos : Le prix de la paix, c’est l’effort de guerre

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Pierre de Villiers / chef d’état-major des armées Le 20/12 à 21:25Mis à jour le 21/12 à 12:40

LE CERCLE/POINT DE VUE – Il est très rare qu’un haut responsable de l’armée française prenne publiquement la parole pour tirer le signal d’alarme. Encore moins lorsqu’il s’agit du Général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées. C’est pourtant ce qu’il a choisi de faire dans nos colonnes.

Précision. Le texte que Pierre de Villiers nous a écrit – il convient de le préciser, avant l’attentat de Berlin, est à la fois un constat et un appel. Le constat : l’armée française est parvenue à la limite de ses forces. L’appel : il faut ­absolument lui donner les moyens de faire face aux nouvelles menaces qui se multiplient. 

Avec la rupture des années 2015 et 2016, nous avons changé d’époque. C’est « la fin de l’insouciance ». La paix, désormais, ne va plus de soi ; il faut la conquérir ; s’extraire du piège dont les deux mâchoires sont le déni et la désespérance. Toutes les forces de défense et de sécurité, toutes les forces vives de la nation sont au défi d’apporter une réponse globale ; car gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. L’instabilité et la complexité de la situation sécuritaire l’exigent. L’impératif de responsabilité le commande.

Pour en savoir plus aller sur : http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211613635015-le-prix-de-la-paix-cest-leffort-de-guerre-2051928.php




Un article Michel Goya : Si tu veux la paye, ne prépare pas la guerre…

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Un article Michel Goya : Si tu veux la paye, ne prépare pas la guerre... dans ACTUALITE Organisation%2Bdu%2Bsoutien
L’organisation du MINDEF
Quand un historien du futur examinera le schéma d’organisation des armées, il commencera par se demander comment cela pouvait bien fonctionner. Il lira que vers 2008 il avait été décidé de résoudre enfin le problème du financement des grands programmes d’équipements en supprimant une bonne partie de ceux qui les utilisaient. De Livre blanc en Livre blanc, visiblement plus préoccupés par la manière de faire des économies que de lutter contre qui que ce soit, et de loi de programmation non respectée en loi de programmation non respectée, il avait prévu de supprimer près de 80 000 postes au ministère de la Défense. Comme l’expliquait à l’époque une responsable des ressources humaines au ministère, il n’y avait pas de raison que l’on ne fasse pas comme dans les grandes sociétés privées et de préférer les machines aux hommes et aux femmes afin de faire monter la productivité (entendre le budget divisé par les humains). Et puis, c’était tellement facile : 70 % de CDD, pas de syndicat, discipline et dévouement (le même historien lira sans doute les déclarations de ce général de l’armée de terre se félicitant que les suppressions de régiments aillent plus vite que prévu).
Pour gérer cette ponction humaine sans trop pénaliser les engagements opérationnels, il fut décidé de se « recentrer sur le cœur de métier », autrement dit de réduire le soutien et l’administration. L’idée était de « mutualiser » les organismes chargés de l’environnement des unités opérationnelles et de revenir à la brillante organisation du Second Empire en séparant nettement ces deux structures et les plaçant sous des chaînes de commandement différentes. Les unités opérationnelles restaient sous le commandement organique des Chefs d’état-major des différentes armées et sous le commandement opérationnel du chef d’état-major des armées (CEMA). Le soutien et l’administration, par ailleurs de plus en plus « civilianisés » relevaient désormais de leur côté du CEMA et du secrétaire général de l’administration (SGA) par le biais d’un commandement interarmées du soutien (CIS).
Les directions centrales des services… voir la suite sur http://lavoiedelepee.blogspot.com/#f7mDoxqV2WULivFq.99



Un article de MARIANNE : Balard, l’armée dans sa tour d’ivoire

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Balard, l’armée dans sa tour d’ivoire

Intéressant article de Thomas Hofnung sur le site de l’hebdomadaire Marianne  (www.marianne.net) - Dimanche 24 Juillet 2016 à 11:00 

Le ministère de la Défense, qui regroupe désormais tous les états-majors militaires, a été transféré dans le quartier de Balard, dans le sud de Paris. Laissant un amer sentiment d’isolement chez les hauts gradés. 

Le nouveau site du ministère de la Défense est surnommé « le Balardgone », en référence au Pentagone américain.

Depuis le périphérique, entre la porte de Sèvres et la porte de Versailles, on aperçoit sa curieuse silhouette coiffée d’un toit en ardoise qui se découpe dans le ciel parisien. Celle d’un avion furtif, selon les concepteurs du bâtiment. Surnommé le « Pentagone à la française », le cœur du siège du ministère de la Défense a en réalité une forme hexagonale. Tout le monde aura compris la métaphore.

Depuis l’an dernier, les armées disposent d’une nouvelle adresse, dans le quartier de Balard. Neuf mille trois cents hommes et femmes ont été rassemblés là, dans le sud de la capitale. Les trois états-majors (Terre, Marine, Air), la Direction générale de l’armement (DGA), les services administratifs y ont été regroupés. Manque toutefois à l’appel une figure de premier plan : le ministre lui-même ! Jean-Yves Le Drian boude le bureau et le logement de fonction qui lui sont réservés à Balard, préférant demeurer au cœur du prestigieux hôtel de Brienne, à deux pas de l’ Assemblée nationale.

« C’est pratique… »

Les politiques, eux, n’ont pas laissé le choix aux galonnés. D’abord par souci de rationalisation, sur un plan financier, mais aussi opérationnel. Jadis, le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers (le frère de l’autre), passait plusieurs heures par jour dans sa voiture de fonction à faire la tournée des popotes. Les différents états-majors étaient disséminés dans la capitale. Aujourd’hui, tout le monde est logé à la même adresse, et à la même enseigne.

AUJOURD’HUI, TOUT LE MONDE EST LOGÉ À LA MÊME ADRESSE

Au détour d’un des nombreux couloirs de ce bâtiment sans âme aux allures de labyrinthe, on longe les bureaux des chefs d’état-major d’armée commandant la Marine nationale, l’armée de l’Air et l’armée de Terre, et ceux de leurs adjoints. Chacun dispose de sa salle à manger pour recevoir ses invités. Cela vaut mieux, à en croire un officier supérieur : « Le bureau de l’amiral qui commande la marine est tellement petit qu’il a honte d’y recevoir ses homologues. » Rien à voir avec l’hôtel de la Marine, jouxtant la place de la Concorde.

Quant au bureau du chef d’état-major des armées, il donne désormais sur une cour intérieure plantée du « Balardgone » en lieu et place du superbe bâtiment qui se trouve à l’entame du boulevard Saint- Germain, à un jet de pierre de l’ Assemblée nationale. Le « patron » des armées fait contre mauvaise fortune bon cœur : « C’est pratique, j’ai tout le monde sous la main et, en cas d’urgence, on peut se réunir en un clin d’œil », explique le général de Villiers.

Du centre au périph

Pratique, effectivement, lors-qu’une attaque terroriste se produit à Bamako (Mali) ou Ouagadougou (Burkina Faso). Le général de Villiers n’a qu’ à prendre l’ascenseur situé dans son bureau pour rejoindre le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), installé dans un sous-sol ultra sécurisé. Là, dans le saint des saints des armées françaises, interdit aux regards extérieurs, il fait face à une forêt d’écrans affichant les images envoyées en temps réel par les drones et les satellites qui surveillent les zones « chaudes » du globe. Ainsi, le « CEMA » (chef d’état-major des armées) a-t-il pu suivre en direct l’assaut donné par les forces spéciales françaises contre les terroristes qui avaient pris en otages des clients d’un grand hôtel à Bamako.

« EN NOUS REGROUPANT, IL NOUS ISOLE »

Mais ces avantages fonctionnels, s’ils sont indéniables, n’effacent pas tout à fait le petit goût amer qui persiste dans la bouche des responsables militaires. Outre des coûts de fonctionnement ubuesques (NDLR : Balard est l’objet d’un PPP), le haut commandement vit désormais dans une sorte de bulle, coupée du monde extérieur. « C’est tout le paradoxe du choix qui a été fait par le politique : en nous regroupant, il nous isole », remarque-t-on au Balardgone. Et, pendant que le ministre reçoit ses hôtes dans le bureau de Clemenceau ou de De Gaulle, rue Saint-Dominique, les militaires ont le sentiment d’avoir été relégués. Comme si on avait voulu les « banaliser », dit l’un, ou les « remettre à leur place », dit un autre. Celle d’un corps qui, jadis, occupait une place centrale au sein du pouvoir et de la nation. Et qui aujourd’hui, hormis chaque 14 juillet, est situé à la périphérie de la République… Le long du périphérique.

 




Débat : la France doit avoir une armée forte – lettre de l’ASAF – juillet 2016

18072016

ASAF

Nous publions l’éditorial de la lettre de juillet de la lettre de l’ASAF (consultable sur : www.asafrance.fr)

Des réalités qui balaient les idéologies.

L’armée, engagée dans l’urgence pour protéger les Français après les attentats de 2015, voit remis en cause, à juste titre, son emploi dans la durée comme force supplétive de la Police et de la Gendarmerie. Elle doit en effet demeurer l’ultime recours de la Nation dans les missions de guerre tant à l’extérieur que sur le territoire national, notamment contre les « métastases françaises » de l’islam radical, dès lors que les forces de sécurité intérieures se trouvent confrontées à un ennemi qui dépasse leurs capacités de « maintien de l’ordre ». Cet ennemi intérieur, souvent de nationalité française, qui a séjourné en Syrie et en Irak, doit être combattu avec la même vigueur qu’à l’étranger. Il constitue, aujourd’hui et quoi qu’écrive notre ministre de la Défense[1], une cinquième colonne meurtrière.

L’opinion publique est maintenant convaincue de la nécessité d’accroître l’effort de Défense pour moderniser et renforcer les capacités de notre armée[2]. La France sait en effet qu’elle ne peut et ne doit pas confier, même partiellement, sa défense à une autre nation tant que la défense européenne demeure une utopie.

Par ailleurs, comment nier qu’une forme de patriotisme qui se développe depuis plusieurs années s’est vigoureusement exprimée en France durant l’Euro de football ? Il rappelle aux responsables politiques la place centrale qu’occupe la Nation dans le cœur de nos compatriotes, de même que leur attachement très profond aux symboles contribuant à son unité.
Des marées de drapeaux, l’hymne national entonné et repris avec force partout en France ont exprimé la volonté de tout un peuple réuni et affichant sa fierté d’être français de gagner.
Cette image marque aussi le refus de la défaite, la soif de vaincre, la volonté de réussir grâce à l’esprit d’équipe et de camaraderie. « Se sacrifier pour l’équipe de France » illustre bien l’esprit qui animait les « bleus ».

Mais pour donner confiance à un pays et relever avec succès les défis, il faut un capitaine et une stratégie claire fondée sur le courage, la franchise et la détermination. Il faut cesser de dénigrer notre passé et ne pas donner comme exemple aux jeunes Français un homme qui, à 20 ans, avait insulté notre drapeau d’une manière détestable. En persistant sur cette voie, la classe politique se situerait à contretemps des aspirations profondes du peuple français, qui vient de manifester une fois de plus sa capacité de se réunir sur un projet, pour peu qu’il le comprenne et qu’il y ait un chef.

La France doit demeurer souveraine et influente.

L’OTAN permet aux États-Unis d’exercer une très forte influence pour interdire la construction d’une véritable puissance européenne indépendante grâce à la garantie de défense que, seuls, ils peuvent donner aux pays européens et notamment à ceux de l’Est.

À cet égard, reconnaissons que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, loin d’inciter nos alliés à bâtir une défense européenne, n’a, à ce jour, produit aucun des résultats escomptés. En revanche, cette réintégration contribue à brouiller notre position politique aux yeux du monde et en particulier ceux de la Russie et des pays arabes, qui la confondent avec la politique des États-Unis.

A contrario, les armées constituent pour la France un instrument indispensable à l’influence mondiale qu’elle souhaite avoir. Notre pays  reste l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ce que n’est pas l’Allemagne. Il  dispose d’une force de dissuasion nucléaire réellement indépendante, ce que n’a pas la Grande-Bretagne.
Par ailleurs, notre pays possède la deuxième zone économique exclusive du monde (11 millions de km2) grâce à ses départements et collectivités d’outre mer.

En outre, la France a signé des accords de Défense, en particulier avec nombre de ses anciennes colonies africaines ; elle devrait de pouvoir les honorer sans avoir recours à l’aide d’alliés européens ou américains, d’autant que ces pays bénéficient d’une aide au développement spécifique et appartiennent à l’espace francophone.

Enfin, la France dispose d’une industrie de Défense couvrant la plupart des secteurs d’intérêt militaire, mais il est clair que, malgré les résultats remarquables qu’elle a enregistrés récemment à l’exportation[3], elle doit poursuivre ses efforts pour améliorer ses compétences, ses capacités et préparer l’avenir. Sans budget de la Défense accru, les grands industriels pourraient être tentés de privilégier le secteur civil, de nombreuses PME disparaîtraient et nous perdrions alors notre autonomie technologique, ainsi que l’approvisionnement national de nos armements.

Les exportations permettent non seulement de financer davantage la recherche qui permettra à nos forces de disposer de meilleurs équipements mais aussi d’améliorer notre balance commerciale et de favoriser les partenariats stratégiques avec des pays clefs. De plus, la vitalité de l’industrie de Défense permet de développer des technologies, dont nombre d’entre elles irriguent l’industrie civile, dans des centres de recherche qui sont situés en quasi-totalité sur le territoire national.

En lisant les programmes relatifs à la Défense qui ont été diffusés récemment dans la perspective de l’élection présidentielle de 2017 (2 % du PIB en 2025 !), on ne peut qu’être stupéfait par la contradiction entre l’ambition affichée et les moyens qui sont prévus d’y être consacrés. À croire que le monde ne change pas et que la situation est satisfaisante ! À ce rythme, nous courons à la catastrophe…

[1] J. Y. Le Drian, Qui est notre ennemi ? Ed. Cerf – mai 2016

[2] Sondage réalisé en janvier 2015 par l’IFOP pour la Dicod.

[3] Il faut noter que les matériels exportés ont été conçus et développés il y a plus de 20 ans quand la part du PIB consacré à la Défense était près de 2 fois plus important qu’aujourd’hui.




L’article du général (2s) Vincent Desportes dans le Monde

9052016

Nous portons à votre connaissance l’article  publié dans Le Monde par le général (2s) Vincent Desportes : « Vous avez tort, Monsieur Juppé ! »

L’article  est disponible : http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/05/04/le-general-vincentdesportes-vous-avez-tort-monsieur-juppe_4913212_3232.html

LE MONDE | 04.05.2016 à 06h33 • Mis à jour le 04.05.2016 à 09h00

A un un an des élections présidentielles et au moment où certains candidats redécouvrent une défense qu’ils ont tant malmenée ou oubliée, ce coup de gueule contre une réaction qui tient plus de la déconnection des réalités d’un haut fonctionnaire que d’un héritier du gaullisme mérite d’être lue. A croire que certains regrettent encore d’avoir donné le droit de vote aux militaires en 1944 !

Monsieur Juppé,

les propos que vous avez tenus le 25 avril devant les étudiants de l’IEP de Bordeaux – « Un militaire, c’est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s’en va » –

sont indignes. Méprisants, ils montrent une profonde méconnaissance de la réalité stratégique.

Vous avez d’abord tort sur le fond. Non, les militaires n’ont pas « à la fermer » comme un ministre. La première loyauté d’un ministre au service d’une politique fluctuante, souvent politicienne, est envers son président. La première loyauté d’un militaire au service permanent de la nation, de ses intérêts et de ses valeurs, est envers la France. Structuré par l’éthique de conviction, il doit prendre la parole pour lui rester fidèle, plutôt que de la renier.

N’est-ce pas l’exacte attitude du général de Gaulle, tant par ses écrits que dans sa remarquable attitude au moment de la défaite de 1940 et des lâchetés qui l’ont suivie ?

Vous avez tort dans la forme, ensuite. Candidat à la présidence, vous devez le respect à ceux qui ont dédié leur vie à la protection de cette nation que vous souhaitez diriger. Votre réponse à l’emporte-pièce contredit le discernement attendu de celui qui vise la plus haute magistrature. Car qui, dans la société civile, détient les connaissances, expériences et compétences, acquises par l’étude et le terrain, des officiers supérieurs et généraux ? Pourquoi nos concitoyens ne seraient-ils pas informés par « ceux qui savent », comme dans les autres domaines de l’action publique ? Les responsables militaires sont les mieux placés pour réfléchir aux conditions d’emploi des armées, pour apprécier les menaces, élaborer les solutions militaires propres à l’atteinte des buts politiques. Experts en leur domaine, les militaires ont, vis-à-vis de la nation, un devoir d’alerte.

Vous avez tort politiquement, enfin. Quelle maladresse de vous aliéner une population qui vous était plutôt favorable : malmenée par la calamiteuse loi de programmation militaire 2014-2019, écartelée entre la multiplication des missions et l’érosion des capacités opérationnelles, elle en avait fini par oublier la loi de programmation 2008-2013, pourtant pire, et le mépris avec lequel elle avait été traitée lors de la crise de l’été 2008 consécutive à l’accident de Carcassonne [En 2008, à Carcassonne (Aude), les journées portes ouvertes des militaires tournent au drame : au lieu de balles à blanc, un sous-officier a mis un chargeur de balles réelles dans son fusil. Bilan : 16 blessés] et à l’embuscade d’Uzbin, en Afghanistan. A vrai dire, le doute était déjà permis. Votre livre programme ose s’intituler : Pour un Etat fort, alors même que l’armée, à peine mentionnée, en est la grande absente.

Qu’implicitement vous souteniez un exécutif qui a puni d’une « mutation-sanction » un officier général dont le seul tort est d’avoir dit la vérité aux représentants de la nation dénote une attitude dangereuse. Fallait-il que le général Soubelet mente devant une commission parlementaire le 18 décembre 2013 ? Quelle est cette démocratie dont l’exécutif punit une de ses autorités parce qu’elle est sincère vis-à-vis des représentants du corps législatif ? Pourquoi la démocratie américaine, avant toute audition au Sénat, fait-elle jurer aux intervenants de dire toute la vérité, quand notre propre démocratie sanctionne à l’inverse ceux qui se tiennent à l’exactitude des faits ?

Fidélité à la nation

Que, par la suite, ayant été renié par les responsables exécutifs de la nation à laquelle il avait consacré sa vie, le général Soubelet décide de s’affranchir de sa réserve et dénonce le laxisme judiciaire et pénal français l’honore et montre à tous que l’on ne peut contraindre indéfiniment au silence ceux dont l’éthique de conviction est la règle de vie. D’ailleurs, le devoir de réserve des militaires est en France trop surinterprété. Inhibé par des années de stricte obéissance silencieuse, le militaire, facilement bon élève, s’est autocensuré.

S’enfonçant dans son cantonnement juridique, il s’est enfermé dans un conformisme excessif et, hors du champ technico-tactique, a contraint sa pensée à ce qu’on lui dit de penser. Bridé par ce devoir de réserve scrupuleux, devenu révérant envers des autorités administratives ou politiques auxquelles il rend le mauvais service de ne dire que ce qu’elles veulent entendre.

Pourtant, l’honneur des chefs militaires n’est pas de mettre en oeuvre, au garde-à-vous, des décisions destructrices pour les armées : il tient dans la loyauté sans le renoncement, la loyauté sans le reniement, la fidélité à la nation.

D’un point de vue légal, les militaires ont le droit de s’exprimer publiquement. Si, dans les faits, la parole est contrainte, et si la très grande majorité des militaires estime devoir se tenir à un strict silence, le mal est venu d’une malsaine jurisprudence étatiquement entretenue.

Vous devriez savoir, M. Juppé, que cet excessif cantonnement militaire est une spécificité

française, si l’on excepte les armées de dictature. Dans la plupart des pays développés, les voix des armées sont attendues et entendues. En Grande-Bretagne, les plus grands chefs militaires savent, si nécessaire, émettre des critiques vis-à-vis de décisions politiques de défense ; ils sont dans leur rôle, et aucun n’a jamais été « démissionné ». Aux Etats-Unis, les grands leaders militaires demandent à leurs subordonnés d’exprimer leurs avis et eux-mêmes énoncent leurs positions. Leur voix est respectée parce qu’ils sont les professionnels d’un art complexe ; leur avis est souvent suivi par leur « commandant en chef », le président américain.

Monsieur Juppé, ne prenez pas le militaire pour un simple technicien. Il est bien plus que cela, dans et pour la nation. Son devoir est de penser la défense pour l’immédiat et pour le temps long, au-delà des horizons politiciens.

Libérer la pensée critique

L’expression des militaires sur les problèmes organiques, sécuritaires et stratégiques est nécessaire : les restrictions dont elle souffre desservent la France. L’Histoire regorge d’évidences. Après la victoire d’Iéna, c’est par la liberté donnée aux officiers d’apporter des idées nouvelles que la Prusse trouve les principes qui feront de l’armée prussienne puis allemande cet outil redoutable dont la France souffrira à l’été 1870, en août 1914 et au printemps 1940. L’esprit du « Je rayerai du tableau d’avancement tout officier dont je verrai le nom sur une couverture de livre » de Mac-Mahon a fondé la défaite de 1870. La même attitude du général Gamelin de 1935 à 1940 mènera au nouveau Sedan. Ainsi, vous avez stratégiquement tort, monsieur Juppé, lorsque le 25 avril vous complétez vos propos par cette affirmation digne de Coluche : « Certes, tous les militaires ont le droit de penser, mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser. »

Cette nécessité de l’expression est consubstantielle de la nature dialectique de la stratégie.

Comme l’écrit le général Beaufre, celle-ci « est un processus d’innovation permanente ». Celui qui ne pense plus est condamné à la défaite. Selon la formule américaine, il faut penser « out of the box », libérer la pensée critique, en admettre la nécessité et les débordements éventuels. Il n’y a pas de nation victorieuse qui n’ait su créer dans ses armées les conditions de l’expression de ses officiers. Pour la nation, l’armée doit tenir son rang et jouer son rôle. La nation est portée par ses corps sociaux qui dépassent l’Etat. Soutenir la nation, c’est soutenir l’expression de ses différents corps. Si l’un vient à manquer, tout l’édifice devient bancal.

Enfin, la règle darwinienne s’applique aux militaires : les organes qui ne servent plus s’atrophient. Quand les militaires se cantonnent à leur technicité, ils perdent le goût de la pensée, et les meilleurs, ceux dont la France aura besoin aux heures sombres – les Foch, de Gaulle, Leclerc ou Koenig –, ne sont plus attirés par une profession où ils ne pourront plus faire grandir le meilleur d’eux-mêmes. Les Français doivent en être sûrs : si la discipline demeure la force principale des armées, la pensée libérée est la deuxième composante de son efficacité.

L’équilibre est fragile, mais le déséquilibre en faveur du silence est la première marque de la sclérose, donc de la défaite.

Le silence de deux générations

Cantonnée dans un rôle de mise en oeuvre, la haute hiérarchie militaire a laissé le politique s’emparer de la réflexion de défense : les institutions de la Ve République, l’émergence du nucléaire et le précédent algérien ont favorisé cette mainmise. Un demi-siècle : le silence de deux générations !

Certes, depuis des années, les officiers s’expriment sur leurs expériences professionnelles.

Mais aujourd’hui, toute contestation de l’organique ou de l’opérationnel est assimilée à une contestation de l’exécutif. Trop peu d’officiers jouent leur rôle de « stratège pour la France ». Peu s’expriment sur le fond dans les médias. On ne les entend pas sur les problématiques stratégiques, les dérives de l’institution militaire, la dégradation des forces. S’ils se permettent un commentaire à l’encontre de la ligne de l’Elysée, la sanction est immédiate.

Les règles sont connues. La première : tant que le militaire est sous l’uniforme, il ne peut s’exprimer ; et lorsqu’il ne l’est plus, il n’a plus de légitimité à le faire. La seconde : si, sous l’uniforme, il s’exprime en dehors du champ technique, il est aussitôt sermonné ou sanctionné ; si, ayant compris cette impossibilité, il parle sous couvert d’anonymat, on lui reproche illico sa couardise, on l’accuse de complotisme, on fouille de manière illégale son ordinateur, on interroge ses proches, on le fait suivre et on le met sur écoute comme un criminel. Je l’ai vécu.

Monsieur Juppé, le politique se trompe en voulant limiter la pensée du militaire. Son devoir est au contraire de tout mettre en oeuvre pour favoriser l’esprit critique dans les armées. Les Français doivent l’exiger, tant ils ont payé son absence très cher : la négation des dimensions politique et stratégique du soldat, son cantonnement toujours plus étroit dans ce que l’on baptise à tort son « coeur de métier », le déni de son devoir d’expression constituent une menace directe pour la sécurité de nos concitoyens. Pour toutes ces raisons, vous avez tort, Monsieur Juppé.

« Tout ce qu’il ne faut pas dire », de Bertrand Soubelet, éditions Plon, 14 €

Par le général Vincent Desportes




Débat : DÉFENSE ET SÉCURITÉ, mettre fin au confusionnisme !

4042016

Nous reproduisons ici un article du GCA (2s) Jean-Claude THOMANN,  ancien commandant de la force d’action terrestre, publié le mercredi 30 mars 2016sur le site de l’ASAF

Nous vivons l’ère de toutes les confusions, de tous les glissements de nos références, trop vite labellisées « idées reçues » dès qu’elles dérangent, ou jugées « dépassées » dès qu’elles ne s’inscrivent pas dans la doxa des idées à la mode. C’est dans ce contexte des plus incertains qu’il faut revenir sur le fameux continuum « défense-sécurité », censé être, depuis le Livre Blanc de 2008, la clé universelle permettant d’exposer, analyser et bien sûr résoudre toute la problématique des menaces contemporaines. Ce continuum miracle se traduit par la confusion des genres et s’avère aujourd’hui être générateur de beaucoup de mesures inadaptées, aux conséquences pouvant être très graves à terme.

C’est, en effet, dans cette confusion des esprits que nous militarisons de plus en plus les forces de police, en les dotant désormais d’armes de guerre, et qu’après avoir, pendant un temps, transformé le guerrier en soldat de la paix, nous l’employons aujourd’hui dans des fonctions de vigile, supplétif à bas coût et corvéable à merci des missions de sécurité, tout en lui demandant cependant et en parallèle d’être au-delà de nos frontières  un guerrier  au faîte de ses capacités et savoir-faire offensifs comme défensifs. Compte tenu des exigences opérationnelles modernes, le « qui peut le plus, peut le moins »  devient  un axiome des plus dangereux qu’il convient de réfuter.

Notons en outre que c’est dans ce même cadre de confusion que « nous sommes en guerre », sur simple déclamation présidentielle, et sans aucune mesure constitutionnelle et juridique qui mette la nation dans cet état de guerre dont, en réalité, les modalités sont  très particulières et dérogatoires, en particulier pour l’emploi des forces. Déclarer la guerre, c’est aussi nommer l’ennemi, tout l’ennemi, qu’il soit extérieur ou intérieur au territoire national. Est-ce vraiment le cas avec toutes les circonvolutions et acrobaties de langage, qui, des « jeunes » des banlieues à la « jungle » de Calais en passant par le refus des « amalgames », permettent d’évoquer ces graves sujets de préoccupation en les minimisant dans un étau de « politiquement correct », dont une des finalités essentielles est de détourner l’identification des responsabilités face à l’inacceptable ?

Cette manipulation des mots pour dénier la réalité est devenue tragique, car, in fine, c’est la démocratie qui en paiera l’addition : militariser les forces de police, banaliser à outrance l’emploi des forces armées, confondre de plus en plus missions relevant de l’ordre public et missions des forces armées, c’est à terme assurer la disparition de l’Etat de droit et signer l’échec d’un système devenu incapable d’assurer la protection individuelle et collective des citoyens.

Il nous faut donc revenir d’urgence aux principes fondamentaux pour aborder la réalité des faits avec une vision claire et sans concession des moyens d’y faire face.

Et, en matière de défense, la première des réalités est qu’un soldat, et en particulier un soldat de métier, n’est pas un policier, ou gardien de la paix, fusse de bas niveau, et ne doit pas le devenir, car le soldat est fait en premier lieu pour assurer collectivement la défense de son pays et de ses concitoyens face à un ennemi identifié qu’il devra, par la force des armes, vaincre, c’est-à-dire, en le défaisant conduire à cesser d’être une menace active contre la collectivité qu’il défend. Bien qu’il ait à agir en priorité contre un adversaire à l’extérieur des frontières, en « défense de l’avant », le soldat contemporain ne peut bien évidemment pas considérer que la protection du territoire et de la collectivité nationale, dès lors qu’elle est menacée de l’intérieur, n’est pas de son ressort. Reste à définir comment.

Cette interrogation majeure, renouvelée suite aux attaques terroristes récentes, a reçu une bien piètre réponse dans le rapport que le SGDSN, censé établir les grands principes d’un emploi des forces armées sur le territoire national, a remis récemment au gouvernement. En effet, s’il définit une posture permanente de protection terrestre, à l’instar des postures permanentes de sauvegarde maritime et de sûreté aérienne, il ne remet aucunement en cause les modalités d’intervention des forces armées telles qu’elles sont utilisées dans l’opération Sentinelle. N’actant aucune évolution du cadre juridique de cet engagement, il maintient le dispositif terrestre dans le cadre légal de la seule légitime défense, qui est celui des forces de police et in fine du temps de paix. Ainsi les forces armées demeurent une force de complément et de soutien aux forces de sécurité, à la disposition de l’autorité civile, le ministre de l’Intérieur et, par délégation, les préfets, par le biais des procédures de réquisition ou de demande de concours.

L’évolution majeure réside dans le fait que les forces terrestres sont désormais tenues d’entretenir en permanence la capacité nécessaire pour la posture de protection terrestre et de s’organiser en conséquence en sus de l’organisation résultant des impératifs des missions opérationnelles extérieures. Il n’y a donc aucun changement de nature de l’emploi des forces armées dans la riposte aux attaques terroristes jugées pourtant « militarisées » par le ministre de la Défense et qui devraient donc en toute logique appeler un emploi « militarisé » des dites forces armées. En toute objectivité, et même si on admet que les armées sont, au vu de la situation, dans un rôle de forces d’appoint en complément de forces de sécurité insuffisantes et/ou inadaptées, il s’agit bien uniquement de fournir de la main d’œuvre à bas coût, en grande partie d’ailleurs pour la garde de sites religieux sensibles. Dans ce contexte, les incantations actuelles du commandement sur l’adoption de modes d’action plus « dynamiques » pour l’opération Sentinelle ne pourront guère se traduire par des évolutions significatives de l’emploi des forces armées sur le territoire national.

Ce constat nous ramène aux fondamentaux de l’emploi de la force armée, hors intervention à but humanitaire ou dans le cadre de la réaction à des catastrophes climatiques, technologiques ou autres :

- situation d’insécurité entrainant des mesures dérogatoires du droit du temps de paix,

- missions données aux forces impliquant la mise en œuvre de modes d’action et savoir-faire propres aux armées,

- subordination à l’autorité civile respectant le principe de responsabilité, et donc d’autonomie décisionnelle, du commandement militaire pour les modalités de l’action à conduire dans le cadre de l’effet final recherché par ladite autorité civile.

C’est sans doute sur ce dernier principe qu’achoppe toute velléité d’un emploi adapté des forces armées sur le territoire national. L’obsession du « contrôle démocratique » de l’emploi des militaires sur le territoire national conduit à leur interdire toute action spécifique, quel que puisse en être le gain en efficacité opérationnelle. L’insistance gouvernementale à inscrire l’état d’urgence dans la Constitution correspond à cet état d’esprit, car l’état d’urgence, à la différence de l’état de siège, ou, plus grave encore, de l’état de guerre, donne à l’autorité civile cette possibilité d’utiliser la force armée non pas au regard de ses capacités opérationnelles, mais en simple réservoir de personnels utilisables selon le seul bon vouloir de l’autorité civile.

Au final, et quels que soient les argumentaires pour lier l’engagement des forces armées dans un continuum « défense de l’avant » – « défense de l’arrière » ou considérer que la distinction entre sécurité et défense devient de moins en moins opérante, force est de constater l’inadaptation de l’emploi des forces armées pour la riposte aux attaques du niveau et de la nature de celles qui ont visé la France en 2015 et la Belgique très récemment, et qui sont stricto sensu, du seul ressort des forces de sécurité.

On en revient à un principe validé par l’Histoire : les armées doivent rester l’ « ultima ratio regis » , ce qui, dans les circonstances actuelles, ne devrait les conduire à intervenir, avec leurs savoir-faire spécifiques, qu’en tant que réserve d’intervention en riposte à une menace immédiate et identifiée qu’il s’agit de prévenir, ou pour mettre en place un dispositif de bouclage et de contrôle d’une zone suite à un attentat.

Au-delà, l’emploi des forces armées est bien à réserver à la maîtrise de situations insurrectionnelles ne pouvant être jugulées par les forces de sécurité ou pour des interventions ponctuelles et conjoncturelles, en soutien aux forces de sécurité dès lors que les capacités de ces dernières ne sont pas ou plus adaptées pour conserver le contrôle d’une situation qui implique un recours à un emploi décisif et à grande échelle de la force armée.

En fait, la confusion des genres, propre à notre société contemporaine, fait que la priorité est donnée à l’émotionnel sur le rationnel : elle conduit les responsables politiques à articuler leur discours sur de grandes envolées « guerrières », dans lesquelles le thème de la protection des citoyens est en partie traité par un déploiement « rassurant » de forces armées dont chacun sait qu’il ne protège absolument pas face à une menace de type terroriste, mais qui, pour les responsables politiques vaut quitus du devoir accompli vis-à-vis de l’opinion publique.

Le drame est que cette manipulation induit une inéluctable dilapidation du capital opérationnel amassé au fil des opérations par nos forces terrestres. Cet affaiblissement de nos savoir-faire et de nos capacités pour cause d’emploi totalement inadapté et chronophage au regard, en particulier, du temps qui devrait être consacré à la formation et à l’entrainement pour garantir le niveau capacitaire indispensable aux engagements opérationnels, ne nous apporte en fait aucun avantage significatif pour la maîtrise de la situation actuelle sur le territoire national, mais nous condamnera à terme à l’impuissance dans l’action extérieure. A y regarder de près, cela pourrait bien être la plus grande victoire des terroristes qui nous attaquent…

 




Libre opinion du général (2S) Jean-Marie Faugère sur le site de l’ASAF : VIGIPIRATE, questionnement légitime sur le rôle des armées ?

31032015

L’exécution du plan gouvernemental VIGIPIRATE au stade le plus élevé de son intensité, dénommé à l’occasion Sentinelle, à l’issue des événements du 7 janvier dernier a vu le recours aux forces armées dans le cadre d’une action d’ensemble contre le terrorisme. Déployé en dehors de tout état d’exception (état de siège, état d’urgence, défense opérationnelle du territoire), ce plan est destiné à assurer la sécurité de lieux et de points sensibles. Il pose néanmoins la question du rôle des armées sur le territoire national et des conditions d’engagement de soldats en armes dans un cadre qui n’est pas rigoureusement défini sur le plan juridique, à l’inverse justement des états d’exception évoqués plus haut.

Mis en œuvre à des fins politiques pour rassurer la population, Sentinelle répond davantage à une préoccupation d’ordre émotionnel qu’à un objectif précis visant à l’efficacité militaire. Les armées ont été en quelque sorte réquisitionnées par la puissance publique, sous l’autorité des préfets, mais sans être pour autant considérées comme des forces dites de 3ème catégorie, destinées au maintien de l’ordre.

Dès lors, les règles de comportement et d’engagement imposent de limiter l’usage de la force à la stricte légitime défense, ce qui induit que les armées ne peuvent pas « ouvrir le feu d’initiative », tout comme les policiers en temps normal, à l’inverse des gendarmes qui jouissent de cette faculté en tant que force de police à statut militaire. L’agression d’une garde statique de militaires par un individu armé d’un couteau à Nice, illustre bien la maîtrise de la force par nos soldats qui n’ont pas fait usage de leurs armes, avec un grand sang-froid, bien qu’ils se soient trouvés en état de légitime défense.

Le plan Vigipirate incluant une forte participation des armées est appliqué sans interruption depuis septembre 1995 – bientôt vingt ans – à des degrés divers de mise en œuvre selon les périodes. Le stade actuel dit « alerte attentat » est le plus élevé.

Mais, cette durée exceptionnelle d’activation pour un plan de sécurité nationale pose in fine la question de la finalité du rôle des armées, tout autant que celui des forces de l’ordre par contrecoup. La posture actuelle qui requière la participation de 10.500 militaires, essentiellement de l’armée de terre, n’est pas tenable dans la durée sauf à remettre en cause l’entraînement des unités et leur participation aux opérations extérieures. D’autant que la situation justifiant la mise en œuvre de Sentinelle pourrait paraître comme définitivement installée par tous nos concitoyens, ce qui va rendre particulièrement délicate l’annonce à un retour à des stades d’alerte moindres, voire à un désengagement des armées.

Le fait que le Président de la République ait lui-même annoncé le ralentissement de la déflation des effectifs des armées entre 2015 et 2019, montre bien que les contrats opérationnels donnés aux armées, en adéquation supposée avec les menaces et leurs missions, étaient sous-estimés. On pourrait en dire autant des forces vives de la police et de la gendarmerie, dont les effectifs ont aussi connu une décrue depuis 2008, moins forte cependant que celle vécue par les armées, puisque la raison principale du recours aux armées tient à la nécessité de soulager l’effort des forces de l’ordre et de sécurité.

Mais, s’agissant de l’engagement d’unités de l’armée de terre, la véritable interrogation tient à la mission qui leur est confiée et aux modalités de son application. S’il est normal et légitime que les armées interviennent dans l’urgence en tant que seule force organisée au plan national, dotée des moyens nécessaires, pour pallier l’inexistence, l’insuffisance, l’inadaptation ou l’indisponibilité des moyens des forces de l’ordre et de sécurité, on ne saurait considérer comme normale une perpétuation de ce rôle, l’urgence passée, notamment depuis la création après-guerre des compagnies républicaines de sécurité et des groupements de gendarmerie mobile.

En effet, les armées doivent rester sur le territoire national le dernier recours, l’ultima ratio des gouvernants dans ce type d’intervention. A défaut d’user des « états d’exception », l’emploi de l’armée devrait signifier à l’ « adversaire » et à l’opinion publique un changement de posture, décidé par le gouvernement, devant la gravité d’une situation jugée elle-même exceptionnelle. C’est un signal fort. L’engagement d’un soldat en arme formé à neutraliser ou à détruire un adversaire ne doit pas se diluer, encore moins se dévaluer, sauf à contredire son statut singulier et spécifique de soldat. L’image de militaires en armes employés comme supplétifs de forces de l’ordre n’est pas saine. En ce sens, le défaut d’usage de ses armes à Nice par la patrouille agressée, délivre un signal négatif à l’égard de l’ « adversaire », lequel peut le considérer comme un aveu de faiblesse. Il faut méconnaitre la réalité de l’état militaire pour se féliciter de ce comportement et en faire le parangon des actions militaires à venir.

Si l’on considère que nos sociétés européennes sont exposées pour longtemps à la menace terroriste, hypothèse d’autant plus vraisemblable qu’elle est liée au fort taux d’engagement de nos armées en  interventions extérieures, il devient urgent de réfléchir et de statuer sur les missions données aux armées sur le territoire national. Il conviendrait surtout de leur accorder un statut particulier agrémenté d’un environnement juridique approprié qui ne peut se confondre avec celui des forces de l’ordre. Car, même si les missions de nos soldats, en zone urbaine, évoluent de gardes statiques vers des patrouilles plus mobiles pour les rendre moins vulnérables, la finalité des armées n’est ni de rassurer les populations, ni de contribuer à la diminution de la délinquance, mais bien de combattre un ennemi déclaré avec les moyens adéquats.

Jean-Marie FAUGERE




Interview du CEMA dans la Tribune : « Nous pourrions ne plus être capables de remplir les opérations extérieures » (chef d’état-major des armées)

10032015

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Avec l’opération Sentinelle dans le cadre de Vigipirate, le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers a « constaté que dans deux ans, nous serions incapables de la mettre en place pour des raisons de rythme et de volume de déflation des effectifs sans toucher aux opérations extérieures ». 







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