Colloque : les 70 ans de la promotion « VICTOIRE »

28 10 2015

victoire

La Promotion « Victoire » a rassemblé à Coëtquidan, en juillet 1945 pendant 5 mois, 2.000  élèves engagés  pour la guerre et d’origine différente: étudiants désirant devenir élèves-officiers de réserve et  militaires voulant rester dans l’armée active.  

Soixante-dix ans après, à l’initiative de l’un d’entre eux, évadé de France, combattant de la 1° Armée devenu Ambassadeur de France, les survivants ont décidé d’organiser le 26 octobre après-midi à l’école militaire Paris un colloque pour transmettre aux jeunes quelques éléments de leur aventure collective.

Dans ce cadre, après une introduction historique du Pr Weiss, un rappel du douloureux problème de la gestion des effectifs (épuration, intégration, dégagement des cadres,…) par le général (2s) Jean Delmas, historien et ancien chef du SHAT, un exposé de l’ambassadeur Jacques Morizet sur les officiers de réserve et les carrières civiles des membres de la Victoire ayant été amenés à quitter l’armée, le GAR (2s) Jean Delaunay, ancien CEMAT,  a été  chargé de rappeler ce que fut la vie des officiers de carrière pendant la période 1945 /1985. Son texte figure ci-après.

Pour ceux qui sont intéressés par l’action de cette promotion hors norme, l’adresse de son site à copier dans votre navigateur : http://promotion.victoire.comeze.com/

 

Remarque préalable. Mon point de vue, relativement serein, est celui d’un homme particulièrement chanceux à tous égards. Mais j’ai des camarades qui ont  connu bien plus d’épreuves  que moi et bien moins de satisfactions, certains restent même amers devant l’injustice de leur sort. Après nos morts, c’est à eux que va ma pensée.

Cela dit, je donnerai d’abord ma vision générale des choses, ensuite mon témoignage personnel.

***

« Ayant bénéficié dans notre jeunesse de l’exemple de nos parents, acteurs de la guerre de 1914/18, témoins nous – mêmes  de la débâcle de 1940, marqués par l’Occupation et ayant déjà une certaine expérience de la guerre avant de rejoindre Coëtquidan en 1945, nous avons traversé ensuite, en tant qu’officiers , une période de grands bouleversements : suites du 2° conflit mondial, décolonisation, guerre froide, révolution des techniques et des mœurs.

Notre vie militaire a été très marquée par les guerres d’Indochine et d’Algérie et leurs issues frustrantes pour nous. Nous avons été ensuite engagés à fond dans l’évolution de l’armée et de la société après 1968.

Nous avions vécu la Victoire de 1945 mais nous avons enduré ensuite de grandes souffrances :

- souffrance dans notre corps : 205 morts au combat, plus beaucoup de blessés et malades …

- souffrance dans notre cœur : des séparations familiales renouvelées de 27 mois chacune, la mort de frères d’armes, l’abandon de populations dont nous avions la charge…

Sans compter le sentiment d’être, malgré nous, partie prenante d’échecs répétés: de Caobang aux accords d’Evian…

- Souffrance dans notre esprit : perception d’un décalage entre notre vision à nous des choses (engagement complet, corps et âme, dans la mission) et celle du pouvoir politique (Général de Gaulle y compris à propos de l’Algérie);

et perception d’un autre décalage entre nos Valeurs et nos soucis, d’une part, et les préoccupations de nos concitoyens et les messages de l’intelligentsia, d’autre part

-  Nous avons dû nous réadapter fréquemment à des réalités nouvelles guerrières et humaines : adversaire et terrain notamment.

-  Nous avons ‘’fonctionné’’ surtout au dévouement à la Patrie et  au sens du devoir, d’où notre modeste  satisfaction de ce jour…

-  Cela dit, le fait d’avoir surmonté tant d’épreuves et d’incompréhensions a ancré en nous une conviction : au-delà des pertes, des frustrations, des renoncements politiques, la vie vaut la peine d’être vécue, y compris dans l’armée, à condition, comme disait Lyautey, « de n’être pas que militaire ».

***

Je vais dire maintenant à grands traits ce que j’ai vécu personnellement.

1/ S/Lieutenant en Algérie

De Lattre nous avait dit à Coët : “ Donnez à vos recrues un supplément d’éducation physique, civique et morale“.  Nous nous y sommes appliqués dans les fameux camps légers, à travers sa méthode très virile, axée sur le parcourt de combat.  J’ai ainsi instruit des jeunes spahis  en Algérie pendant 2 ans en alternance avec des tournées de présence dans le bled qui m’ont permis de découvrir sa beauté et sa misère.

J’y ai eu au moins deux occasions de craindre que ça ne tourne mal:

- l’inspection du Général Leclerc à Médéa en 1947 avait dégénéré sous mes yeux en manifestation anti française au grand mécontentement de notre héros, qui allait d’ailleurs mourir quelques mois après.

- lors des premières élections Algériennes, j’ai été envoyé en catastrophe au secours de la gendarmerie de Champlain assiégée par une foule déchainée. Nous l’avons dégagée de justesse en tirant en l’air.

Et ceci se passait, dans un contexte  éprouvant, le pays paralysé par la grève générale sous l’influence des communistes, nos premiers volontaires partant en Indochine en plein dégagement des cadres militaires ! …

2/Lieutenant en Indochine

Alors qu’au Tonkin se livrent déjà de dures batailles, je suis affecté au 1/5° cuir, chargé de protéger la route de Dalat. Son PC est au km 113, là où, un mois avant, le convoi a été anéanti et le Lt Col de Sairigné tué. 108 carcasses de camions brûlés me font mesurer la ruse, la patience et l’astuce de notre adversaire capable de monter une telle attaque. Commandant d’escadron par intérim, je prends en compte un matériel misérable, la moitié des AM Coventry sans pneus. Je tiens à reconnaitre les environs et à ma première patrouille dans la forêt primaire sous la pluie, je rencontre un tigre…  moins agressif que les sangsues… Dans le poste, une tribu Moï nous construit des huttes de bambous. Bientôt nous rejoignent des  engagés cambodgiens dont nous ferons vite des cuirassiers dans le cadre du jaunissement de nos troupes. Bref, je suis vite mis dans le coup.

A Noël, l’escadron, partiellement complété avec des scout-cars US et confié à un capitaine, relève à Dautieng, au nord Cochinchine, les spahis qui y ont subi des pertes. Nos 30 blindés sont répartis sur 40 km. En plus du reste, je deviens officier de renseignements du quartier. Il comporte deux grandes plantations d’hévéas, symboles et fleurons de la colonisation française, donc objectifs de choix pour les viet !

Je ressens là l’impression de devoir agir à l’aveuglette alors que l’adversaire sait tout de nous et nous attaque ou nous harcèle sans répit. Je suis gravement blessé à la main droite en aout 1949 mais je peux revenir assez vite à mon poste. Comme au Tonkin, l’année 1950 est pour nous mouvementée.

Le 25 janvier, responsable du convoi retour, j’ai une intuition subite : « Ils sont là ! » Je fais ouvrir le feu à priori: ils étaient bien là, leurs mines immobilisent mes AM mais c’est moi qui ai créé la surprise…

Le combat s’engage. Nos munitions s’épuisent. Notre camarade Thierrens arrive à temps !

Et, si je puis dire,  la fête continue jusqu’à la fin de l’année. Exemple, un pont, vital pour nous, est détruit 3 fois par les Viet et nous le reconstruisons à chaque fois.

Deux mois après mon départ, le capitaine, mon successeur à la tête de l’escadron, est tué, ainsi que mon meilleur camarade. C’est dire ma chance !

***

Mais beaucoup des nôtres, les fantassins notamment, ont vécu tout cela, en bien pire au Tonkin, au cours de deux ou trois séjours… alors que grandissait la détermination de l’adversaire, son emprise sur la population et la puissance de ses moyens avec l’aide chinoise.

C’est pour cela que la chute de Dien Bien Phu en 1954 est pour nous un choc moral atroce.

Mais, pendant ce temps-là, la guerre froide se développe ailleurs.

 

3/Capitaine pendant la guerre froide

En 1951, les USA font  un colossal effort pour réarmer leurs alliés dans le cadre du PAM. Capitaine, je peux ainsi commander pendant plus de 3 ans en Allemagne un escadron de 22 chars Patton tout neufs, ceux-là,  au sein de la 5° DB face au rideau de fer.

Nos appelés sont excellents (comme plus tard en Algérie), nous sommes souvent en manœuvres.

Notre  moral est élevé, d’autant plus que beaucoup d’entre nous- dont moi-  se marient à cette époque.

La Toussaint sanglante devait rapidement mettre un terme à cette relative euphorie :

 

4/ Algérie 54/62

En 1955/ 56, les fermes  brûlent là-bas et des renforts sont prélevés sur les FFA. Parmi eux,  la 5° DB, sans ses chars,  est implantée dans l’Ouarsenis : mon ancien escadron aux ordres d’un autre capitaine apprend à mener patrouilles à pied et embuscades de nuit.

1957 La funeste bataille d’Alger oppose nos paras aux terroristes de la Kasbah… Initiée par les porteurs de valises du FLN, la calomnie s’installe au quartier Latin.

Pendant ce temps, le service militaire est porté à 24 mois et les réservistes sont rappelés. Les effectifs atteignent ainsi 500.000 H. Le quadrillage territorial est plus dense qu’en Indochine, mais la prise en main de la population par le FLN  augmente chaque année.

Pour pallier cette situation, les SAS prennent en charge l’administration de certaines régions en menant de front éducation populaire, soins médicaux et action psychologique. Elles créent de nombreuses harkas dont beaucoup nous sont restées fidèles jusqu’à la fin.

De même, le « Service de la Jeunesse » encadré par l’armée entame (trop tard) la formation de cadres qui échappent à la propagande adverse

En ce qui me concerne, de 1956 à 1959, je sers en état-major mais je suis souvent sur le terrain, je vois que les bouclages et ratissages contre les bandes sont souvent décevants car l’adversaire est prévenu par les petits bergers et s’esquive. Je vérifie combien la qualité des cadres est déterminante dans ce type de guerre. Je vois notamment de mes yeux l’arrivée d’un Bigeard à Saïda  changer immédiatement la donne.

 

Le 13 mai 1958, le Général de Gaulle est appelé au pouvoir,

Cela suscite initialement en Algérie de grands espoirs, d’autant plus que, sur le plan militaire, le plan Challe porte vite ses fruits: les commandos de chasse font partout changer la terreur de camp, les barrages frontières remplissent leur office, l’utilisation tactique de détachements héliportés devient courante.

En 1960, nos succès opérationnels sont confirmés mais l’évolution du contexte politique exaspère beaucoup de pieds noirs et de militaires, ceux qui ont fait l’indochine notamment.

Je suis à cette époque à l’école de guerre à Paris mais, de loin, je sens la révolte gronder.

 

Avril 1961 le putsch

Ce mois-là, nous sommes détachés en préfectures. Pour des raisons familiales, je dois cependant revenir quelques jours à Alger. Parmi mes camarades, il n’est question que de l’imminence du putsch:

l’excitation des uns et la réticence des autres, ainsi que l’absence totale de secret, me laissent sans illusion sur ses chances de succès.

A l’ESG, son issue fait naitre, hélas, un climat assez malsain parmi nous. Le stage est interrompu et nous sommes mutés en quelques jours, certains étant par la suite chassés de l’armée.

Je garde un souvenir d’autant plus attristé de cette période que, entre autres, 4 de mes proches viennent de tomber en Algérie : Ciavaldini et Vaillant à la tête de leur escadron, Figuier s’est suicidé après l’échec du putsch et Bourgogne est assassiné par l’OAS.

 

1962 Indépendance algérienne

Nos troupes reviennent progressivement en métropole. Beaucoup de régiments sont dissous.

Ceux qui restent là-bas voient les pieds noirs quitter leur maison et savent que le FLN massacre nos harkis, sauf les quelques centaines évacués en dépit des ordres officiels.

A ce moment, une partie de nos camarades, parmi les meilleurs, quitte l’armée, d’autres n’y restent que “pour la gamelle“ et un petit tiers garde son idéal. Je crois être de ceux-là et, devenu chef de l’instruction tactique à Saumur avec un 4° galon, j’essaie de redonner du moral à ces jeunes qui s’étaient donnés à fond là-bas.

 

Témoignage particulier. Nous sommes quelques dizaines d’officiers venant  de partout et convoqués à Strasbourg par le Général de Gaulle, un jour d’hiver 1962, glacial à tous égards. Il nous dit en substance:

On me dit que vous avez du  vague à l’âme à propos de l’Indochine et de l‘Algérie. Je vous ordonne d’oublier cette période et cette forme de guerre! Tournez la page. Le danger est à maintenant à l’Est. Votre mission est désormais d’adapter l’armée de terre à la dissuasion avec emploi éventuel de l’arme nucléaire.»

Et je me dis : “Désolé, Mon Général, je ne suis pas près d’oublier la réalité de la guerre révolutionnaire  faite d’intimidation des foules par la terreur et l’endoctrinement … notre puissance de feu étant mise en échec par la ruse, la surprise et le contrôle de la population. »

J’avais d’ailleurs écrit sur ce thème mon mémoire de l’ESG en 1961 car j’avais l’intuition que nos successeurs auraient besoin, eux, de réapprendre à la faire, cette guerre-là. En 2015, il me semble que c’est bien le cas ! En 1985, j’écrirai de même « la Foudre et le Cancer ».

 

L’après Algérie,

Je participe à différents postes à Paris et en province à la transformation de l’Armée de terre.  Face à la menace soviétique, elle comprend notamment un corps de bataille de 5 divisions type 59.

Innovation de taille, elles possèdent chacune un régiment Pluton capable de lancer des armes nucléaires tactiques.

 

Trois  souvenirs personnels 

1966, Lt colonel en Alsace, j’ai à nouveau la surprise d’être, avec d’autres, convoqué à Paris derrière un parterre étoilé. Le Général de Gaulle nous annonce qu’il a décidé de quitter l’OTAN. Stupeur !

Mai 1968. Je commande le 8° Hussards à Altkirch. Les régiments de CLB sont mis en alerte pour venir maintenir l’ordre à Paris en cas de besoin. Mes hussards chargent les obus dans les EBR alors que les grévistes de l’usine en face du quartier essayent de les débaucher. Mais nous tenons nos gars en main et nous n‘aurons heureusement pas à intervenir à Paris.

Après le 30 mai, j’ai l’occasion de sortir seul à cheval en forêt avec mon chef, le général de Boissieu, et d’entendre son point de vue sur les évènements.

En 1969, nommé colonel et affecté au CETAT, j’y reçois mission de rédiger le règlement d’emploi de la division avec menace ou utilisation de l’arme nucléaire tactique.  Je fais de mon mieux !

***

Les années suivantes, je constate une vague d’antimilitarisme dans le pays et des troubles dans certains régiments. En 1973,  chef d’état-major de la 5° RM à Lyon, et bientôt  général, je vois l’adieu aux armes de mon chef, le glorieux général Lalande, sabotée Place Bellecour par un groupe de gauchistes.

En 1974, je commande la X° brigade mécanisée à Reims qui expérimente toutes les nouveautés et a l’honneur de célébrer à Mourmelon le 30° anniversaire de 1945. Mais, pendant ce temps-là,  à  Verdun, mon divisionnaire, le général Henry, doit, seul, arrêter dans la rue, un groupe de soldats mutinés à l’appel du 2° classe Krivine qui veut exploiter un accident militaire mortel pour soulever la garnison.

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Un mot  sur le rééquipement de l’armée de terre

Pendant toute cette période, je participe aux  études de matériels blindés. Nos engins modernes sont bons mais, d’une génération à l’autre, leur prix augmente beaucoup du fait de leur sophistication accrue. Or le budget est limité, d’où des commandes annuelles à l’industrie minuscules, donc coûteuses pour nous, des programmes qui s’étalent sur 15 ans ou plus, et la nécessité d’entretenir simultanément des matériels de plusieurs générations….  Je vérifierai bientôt de près le poids de tout cela.

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En revanche, je peux me réjouir de nos grands progrès réalisés sur le plan humain. Sous l’impulsion notamment du Général Lagarde, « la grande muette » réussit son aggiornamento en matière de communication interne et externe, d’information et de concertation ainsi que de pédagogie participative.

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  Je mets en œuvre tout cela de 1976 à 79 à la tête  de l’école de Cavalerie de Saumur.

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En 1979, je suis nommé commandant des écoles et centres de formation de l’armée de terre, poste passionnant où je compte finir ma carrière, mais, le 2 août 1980, le Ministre me téléphone : “Vous êtes nommé CEMAT !“

 

CEMAT

Avec moi, les plus chanceux de la “Victoire 1945“ arrivent au sommet de la hiérarchie… Le major général, (puis le CEMA lui-même Lacaze en 1981), 3 commandants de région, 3 inspecteurs d’arme, 4 directeurs…

Mais nous réalisons que les épreuves que nous avons surmontées depuis 1945 ne sont rien à côté de la difficulté de nos rapports avec les mondes politique et médiatique : différences de mentalités et méfiance réciproque. La diminution drastique des crédits limite nos moyens, ce qui provoque des critiques de l’opinion envers le service militaire armé, d’où le succès chez les étudiants du service en coopération … le tout sur fond de pacifisme et de mauvaise conscience anticoloniale.

Sans compter la priorité accordée à la dissuasion nucléaire, surestimée, selon moi, par les gouvernements successifs, y compris par M. Mitterrand fraichement converti lui-même à ce « dogme »…

Au fil des mois, mes rapports avec le Ministre de la Défense, M. Hernu, d’abord cordiaux, se tendent. Il me demande de féminiser les armes de combat, ce que je refuse. Et, surtout, je conteste son Plan à Long Terme qui sacrifie mon armée au Nucléaire, alors que je pressens qu’on aura de plus en plus besoin de vrais soldats. Je réalise que, dans ces conditions, je ne vais pas pouvoir rester longtemps CEMAT.

L’armée de terre continue cependant à tourner malgré les compressions d’effectifs : elle intervient notamment au Liban en 1982,  mais, début 1983, ont lieu de nouvelles  dissolutions de régiments.

Par ailleurs, sur demande du Chancelier  allemand qui craint de voir le territoire de son pays vitrifié en cas de guerre, le chef de l’Etat renonce au missile Hadès, prévu comme successeur du Pluton, donc à l’utilisation tactique de l’arme nucléaire par l’armée de terre.

Dans le même temps, le Ministre m’impose littéralement (sans étude préalable) la création  d’une « Force  d’Action Rapide », inutile à mes yeux, ce, sur  le conseil occulte d’un général de ses amis…

Ma résolution se précise…

 

Le 9 mars 1983, le même Ministre, tout sourire, m’annonce que le Gouvernement veut récompenser en moi un bon serviteur quand je partirai à la retraite en me trouvant un « glorieux prolongement de carrière »…  Il ajoute, toujours souriant, que cela devrait mettre fin à mon opposition à son Plan à Long Terme. Il me demande de lui adresser ma réponse par écrit. Je la lui fais porter sur l’heure, c’est ma démission.

Mais, c’est un vendredi, il a déjà quitté Paris. Il n’apprend la nouvelle que le lundi en lisant le Figaro dans l’avion du retour.  Pendant ce temps-là, je préviens tous ceux qui doivent l’être et je pars pour ma dernière inspection prévue à l’école des Transmissions de Montargis. Au retour, le Ministre me convoque et notre dernière entrevue est… très orageuse. En sortant de chez lui, je me surprends à fredonner comme Piaf : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien ! »

Commence alors pour moi une 2° vie, presque aussi passionnante que l’autre.

***

1985 : Notre camarade Lacaze, fils de gendarme et chef de nos armées, part à la retraite et entre en politique. Yves Bardon reste le dernier membre de Victoire dans l’armée active mais la France continue et l’Armée de terre, bientôt amputée des deux tiers et profondément transformée, continue à bien la servir.

 

Confidence : En 1994, M. Chirac, maire de Paris et candidat à la Présidentielle, m‘invite à dîner pour discuter du service militaire qu’il veut supprimer s’il est élu. Je le conjure de n’en rien faire et le lui confirme le lendemain par écrit… On connait la suite.

***

Conclusion : En ce jour, je pense surtout à nos camarades tombés à 25 ans au détour d’une piste, des fils de généraux comme Bernard de Lattre et Henri Leclerc de Hautecloque ou des modestes comme Marcel Gilet que j’accompagne fin 1948 au bateau qui va l’amener en Annam à la tête de partisans. Il me confie : « Je suis fiancé et je ne la reverrai jamais. Je sais que je pars vers la mort. »

Par opposition, je mesure ma chance, immense, et je me sens intensément solidaire de tous ceux de cette promotion pas comme les autres qui, ayant bien servi et pas mal souffert, témoigne modestement de sa participation à la longue chaine du devoir accompli par les soldats de la France.

Je constate sans vanité abusive que, les plus chanceux d’entre nous au moins, nous n’avons pas cessé de repartir après chaque coup reçu, d’entreprendre et de créer (et d’abord une famille),  de témoigner et de transmettre, de croire et d’espérer en la jeunesse, en nos valeurs, en la France, en la Vie…

C’est d’ailleurs le splendide message contenu dans « Les champs de braise », le maitre – livre de mon camarade de corniche Hélie de St Marc. Il n’a pu nous rejoindre à Coët en 1945 car, mal remis de sa déportation, il était à l’hôpital.

C’est aussi, en moins connu, celui de Jacques Bonfils, ici présent. Un obus lui avait arraché le bras gauche dans sa tourelle en novembre 1944, il était pourtant des nôtres à Coet en juillet 45, il s’est battu en Indo à la tête de la 10° compagnie du 3° Etranger sur la RC 4 en octobre 1950. Prisonnier des Viet pendant plus de 2 ans et libéré, à peine remis, il a voulu reparti au combat  en Algérie.                                                 Cet homme-là a consacré sa retraite à faire du bien au peuple vietnamien dont certains l’avaient pourtant beaucoup maltraité, l’aidant à reconstruire les ponts, les écoles et la cathédrale que la guerre avait cassés.

Jacques, mon ami, soldat courageux et homme de cœur, tu honores la promotion Victoire.

Avec toi, je renouvelle mon salut fraternel à nos  camarades tombés au combat.

Je rends hommage à leurs veuves, héroïques elles aussi, à leur manière, comme Denise des Essars, femme et sœur de 2 officiers de Victoire MPLF en Indochine.

A nos épouses qui ont si souvent porté seules la responsabilité de nos familles et qui nous ont aidés à vivre les moments difficiles, je témoigne de notre reconnaissance affectueuse.

Nos rangs de nonagénaires s’éclaircissent beaucoup, nous venons encore de dire adieu ces jours derniers à Pierre  Belfayol, vrai soldat et major général de l’AT 1980, et à Jean Combette, survivant miraculé du convoi de Dalat de 1948 et de bien d’autres aventures.

 

Mes amis, je crois que le Général de Lattre qui  nous inspectait (trop)  souvent en 1945 serait assez content de nous …

Il nous conseillerait cependant de continuer, jusqu’à la fin, à donner, comme lui, l’exemple de la dignité et du courage, et à rayonner notre foi en la France.

C’est bien là l’essentiel du message que nous voulions aujourd’hui transmettre aux jeunes. »

Merci

JD

 

 


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