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OPEX 360 : La préparation opérationnelle des forces n’est « pas négociable » selon le CEMA

29102015

OPEX 360 : La préparation opérationnelle des forces n’est « pas négociable » selon le CEMA dans ACTUALITELe blog OPEX 360 est revenu hier sur les propos du CEMA, le GAR Pierre de Villiers, relatifs à la préparation opérationnelle des forces.

« L’opération intérieure (OPINT) Sentinelle, lancée après les attentats commis en janvier à Paris, va s’inscrire dans la durée, avec un effectif de 7.000 hommes, pouvant monter jusqu’à 10.000 en cas de besoin.

Or, selon le général de Villiers, le chef d’état-major des armées (CEMA), qui s’est exprimé devant la commission « Défense » de l’Assemblée nationale, le « volume des forces engagées sur le territoire national restera une source de fragilité » car « tant que les manœuvres de recrutement et de formation de l’armée de Terre ne seront pas terminées, c’est-à-dire d’ici à la fin de l’année 2016 ou au début de l’année 2017, des renoncements perdureront pour garantir les effectifs de Sentinelle ».

Aussi, les forces armées vivent sur leur acquis. « Mon devoir est de vous dire que nous vivons actuellement sur le capital opérationnel que nous avons construit ces dernières années », a lancé le CEMA aux députés.

« Nous pouvons encore nous le permettre, mais sans une force terrestre comptant 77 000 soldats, notre capacité opérationnelle s’effriterait inexorablement », a-t-il ajouté, en faisant référence à l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, laquelle prévoit une moindre déflation des effectifs du ministère de la Défense, en faveur notamment de la Force opérationnelle terrestre (FOT) de l’armée de Terre.

Pour le général de Villiers, la décision de sauvegarder ces postes était « indispensable ». Et d’insister : « Cet effort en effectif, caractéristique forte de l’année 2016, est plus qu’un objectif : c’est impératif ».

Et pour cause. Comme l’a souligné le député François Lamy, dans son avis concernant les crédits destinés à l’armée de Terre pour 2016, l’opération Sentinelle a mis à mal la préparation opérationnelle des forces, cette dernière ayant servi de « variable d’ajustement », 70% des rotations prévues dans les centres d’entraînement spécifiques ayant été annulées cette année.

L’une des conséquences de Sentinelle est donc une réduction importante du nombre de jours de préparation opérationnelle (JPO) jusqu’en 2017, la moyenne devant être, selon les unités, de 51 à 64 jours par an alors qu’elle avait été fixée à 90 par la LPM 2014-2019 avant son actualisation.

D’où l’importance de la remontée en puissance de la FOT en terme d’effectifs. « Je rappelle que le soldat qui est actuellement engagé dans Sentinelle est le même que celui qui, demain, partira au Sahel combattre au sein de la force Barkhane », a dit le général de Villiers aux députés. « Sa préparation opérationnelle, autrement dit son entraînement, n’est donc pas négociable, sauf à le mettre en danger, et il s’agirait d’un danger de mort », a-t-il souligné.

D’où sa détermination à ne faire «aucune preuve de souplesse » sur le budget, notamment face aux manoeuvres habituelles en fin de gestion qui viennent ponctionner les crédits de la Défense.

« Au quotidien, sur l’ensemble du territoire, dans une discrétion et avec une abnégation qui les honorent, nos soldats veillent sur vous, sur les Français. Ils méritent notre reconnaissance et notre attention; ils méritent, au minimum, d’avoir les moyens de leurs missions », a fait valoir le général de Villiers ».




Colloque : les 70 ans de la promotion « VICTOIRE »

28102015

victoire

La Promotion « Victoire » a rassemblé à Coëtquidan, en juillet 1945 pendant 5 mois, 2.000  élèves engagés  pour la guerre et d’origine différente: étudiants désirant devenir élèves-officiers de réserve et  militaires voulant rester dans l’armée active.  

Soixante-dix ans après, à l’initiative de l’un d’entre eux, évadé de France, combattant de la 1° Armée devenu Ambassadeur de France, les survivants ont décidé d’organiser le 26 octobre après-midi à l’école militaire Paris un colloque pour transmettre aux jeunes quelques éléments de leur aventure collective.

Dans ce cadre, après une introduction historique du Pr Weiss, un rappel du douloureux problème de la gestion des effectifs (épuration, intégration, dégagement des cadres,…) par le général (2s) Jean Delmas, historien et ancien chef du SHAT, un exposé de l’ambassadeur Jacques Morizet sur les officiers de réserve et les carrières civiles des membres de la Victoire ayant été amenés à quitter l’armée, le GAR (2s) Jean Delaunay, ancien CEMAT,  a été  chargé de rappeler ce que fut la vie des officiers de carrière pendant la période 1945 /1985. Son texte figure ci-après.

Pour ceux qui sont intéressés par l’action de cette promotion hors norme, l’adresse de son site à copier dans votre navigateur : http://promotion.victoire.comeze.com/

 

Remarque préalable. Mon point de vue, relativement serein, est celui d’un homme particulièrement chanceux à tous égards. Mais j’ai des camarades qui ont  connu bien plus d’épreuves  que moi et bien moins de satisfactions, certains restent même amers devant l’injustice de leur sort. Après nos morts, c’est à eux que va ma pensée.

Cela dit, je donnerai d’abord ma vision générale des choses, ensuite mon témoignage personnel.

***

« Ayant bénéficié dans notre jeunesse de l’exemple de nos parents, acteurs de la guerre de 1914/18, témoins nous – mêmes  de la débâcle de 1940, marqués par l’Occupation et ayant déjà une certaine expérience de la guerre avant de rejoindre Coëtquidan en 1945, nous avons traversé ensuite, en tant qu’officiers , une période de grands bouleversements : suites du 2° conflit mondial, décolonisation, guerre froide, révolution des techniques et des mœurs.

Notre vie militaire a été très marquée par les guerres d’Indochine et d’Algérie et leurs issues frustrantes pour nous. Nous avons été ensuite engagés à fond dans l’évolution de l’armée et de la société après 1968.

Nous avions vécu la Victoire de 1945 mais nous avons enduré ensuite de grandes souffrances :

- souffrance dans notre corps : 205 morts au combat, plus beaucoup de blessés et malades …

- souffrance dans notre cœur : des séparations familiales renouvelées de 27 mois chacune, la mort de frères d’armes, l’abandon de populations dont nous avions la charge…

Sans compter le sentiment d’être, malgré nous, partie prenante d’échecs répétés: de Caobang aux accords d’Evian…

- Souffrance dans notre esprit : perception d’un décalage entre notre vision à nous des choses (engagement complet, corps et âme, dans la mission) et celle du pouvoir politique (Général de Gaulle y compris à propos de l’Algérie);

et perception d’un autre décalage entre nos Valeurs et nos soucis, d’une part, et les préoccupations de nos concitoyens et les messages de l’intelligentsia, d’autre part

-  Nous avons dû nous réadapter fréquemment à des réalités nouvelles guerrières et humaines : adversaire et terrain notamment.

-  Nous avons ‘’fonctionné’’ surtout au dévouement à la Patrie et  au sens du devoir, d’où notre modeste  satisfaction de ce jour…

-  Cela dit, le fait d’avoir surmonté tant d’épreuves et d’incompréhensions a ancré en nous une conviction : au-delà des pertes, des frustrations, des renoncements politiques, la vie vaut la peine d’être vécue, y compris dans l’armée, à condition, comme disait Lyautey, « de n’être pas que militaire ».

***

Je vais dire maintenant à grands traits ce que j’ai vécu personnellement.

1/ S/Lieutenant en Algérie

De Lattre nous avait dit à Coët : “ Donnez à vos recrues un supplément d’éducation physique, civique et morale“.  Nous nous y sommes appliqués dans les fameux camps légers, à travers sa méthode très virile, axée sur le parcourt de combat.  J’ai ainsi instruit des jeunes spahis  en Algérie pendant 2 ans en alternance avec des tournées de présence dans le bled qui m’ont permis de découvrir sa beauté et sa misère.

J’y ai eu au moins deux occasions de craindre que ça ne tourne mal:

- l’inspection du Général Leclerc à Médéa en 1947 avait dégénéré sous mes yeux en manifestation anti française au grand mécontentement de notre héros, qui allait d’ailleurs mourir quelques mois après.

- lors des premières élections Algériennes, j’ai été envoyé en catastrophe au secours de la gendarmerie de Champlain assiégée par une foule déchainée. Nous l’avons dégagée de justesse en tirant en l’air.

Et ceci se passait, dans un contexte  éprouvant, le pays paralysé par la grève générale sous l’influence des communistes, nos premiers volontaires partant en Indochine en plein dégagement des cadres militaires ! …

2/Lieutenant en Indochine

Alors qu’au Tonkin se livrent déjà de dures batailles, je suis affecté au 1/5° cuir, chargé de protéger la route de Dalat. Son PC est au km 113, là où, un mois avant, le convoi a été anéanti et le Lt Col de Sairigné tué. 108 carcasses de camions brûlés me font mesurer la ruse, la patience et l’astuce de notre adversaire capable de monter une telle attaque. Commandant d’escadron par intérim, je prends en compte un matériel misérable, la moitié des AM Coventry sans pneus. Je tiens à reconnaitre les environs et à ma première patrouille dans la forêt primaire sous la pluie, je rencontre un tigre…  moins agressif que les sangsues… Dans le poste, une tribu Moï nous construit des huttes de bambous. Bientôt nous rejoignent des  engagés cambodgiens dont nous ferons vite des cuirassiers dans le cadre du jaunissement de nos troupes. Bref, je suis vite mis dans le coup.

A Noël, l’escadron, partiellement complété avec des scout-cars US et confié à un capitaine, relève à Dautieng, au nord Cochinchine, les spahis qui y ont subi des pertes. Nos 30 blindés sont répartis sur 40 km. En plus du reste, je deviens officier de renseignements du quartier. Il comporte deux grandes plantations d’hévéas, symboles et fleurons de la colonisation française, donc objectifs de choix pour les viet !

Je ressens là l’impression de devoir agir à l’aveuglette alors que l’adversaire sait tout de nous et nous attaque ou nous harcèle sans répit. Je suis gravement blessé à la main droite en aout 1949 mais je peux revenir assez vite à mon poste. Comme au Tonkin, l’année 1950 est pour nous mouvementée.

Le 25 janvier, responsable du convoi retour, j’ai une intuition subite : « Ils sont là ! » Je fais ouvrir le feu à priori: ils étaient bien là, leurs mines immobilisent mes AM mais c’est moi qui ai créé la surprise…

Le combat s’engage. Nos munitions s’épuisent. Notre camarade Thierrens arrive à temps !

Et, si je puis dire,  la fête continue jusqu’à la fin de l’année. Exemple, un pont, vital pour nous, est détruit 3 fois par les Viet et nous le reconstruisons à chaque fois.

Deux mois après mon départ, le capitaine, mon successeur à la tête de l’escadron, est tué, ainsi que mon meilleur camarade. C’est dire ma chance !

***

Mais beaucoup des nôtres, les fantassins notamment, ont vécu tout cela, en bien pire au Tonkin, au cours de deux ou trois séjours… alors que grandissait la détermination de l’adversaire, son emprise sur la population et la puissance de ses moyens avec l’aide chinoise.

C’est pour cela que la chute de Dien Bien Phu en 1954 est pour nous un choc moral atroce.

Mais, pendant ce temps-là, la guerre froide se développe ailleurs.

 

3/Capitaine pendant la guerre froide

En 1951, les USA font  un colossal effort pour réarmer leurs alliés dans le cadre du PAM. Capitaine, je peux ainsi commander pendant plus de 3 ans en Allemagne un escadron de 22 chars Patton tout neufs, ceux-là,  au sein de la 5° DB face au rideau de fer.

Nos appelés sont excellents (comme plus tard en Algérie), nous sommes souvent en manœuvres.

Notre  moral est élevé, d’autant plus que beaucoup d’entre nous- dont moi-  se marient à cette époque.

La Toussaint sanglante devait rapidement mettre un terme à cette relative euphorie :

 

4/ Algérie 54/62

En 1955/ 56, les fermes  brûlent là-bas et des renforts sont prélevés sur les FFA. Parmi eux,  la 5° DB, sans ses chars,  est implantée dans l’Ouarsenis : mon ancien escadron aux ordres d’un autre capitaine apprend à mener patrouilles à pied et embuscades de nuit.

1957 La funeste bataille d’Alger oppose nos paras aux terroristes de la Kasbah… Initiée par les porteurs de valises du FLN, la calomnie s’installe au quartier Latin.

Pendant ce temps, le service militaire est porté à 24 mois et les réservistes sont rappelés. Les effectifs atteignent ainsi 500.000 H. Le quadrillage territorial est plus dense qu’en Indochine, mais la prise en main de la population par le FLN  augmente chaque année.

Pour pallier cette situation, les SAS prennent en charge l’administration de certaines régions en menant de front éducation populaire, soins médicaux et action psychologique. Elles créent de nombreuses harkas dont beaucoup nous sont restées fidèles jusqu’à la fin.

De même, le « Service de la Jeunesse » encadré par l’armée entame (trop tard) la formation de cadres qui échappent à la propagande adverse

En ce qui me concerne, de 1956 à 1959, je sers en état-major mais je suis souvent sur le terrain, je vois que les bouclages et ratissages contre les bandes sont souvent décevants car l’adversaire est prévenu par les petits bergers et s’esquive. Je vérifie combien la qualité des cadres est déterminante dans ce type de guerre. Je vois notamment de mes yeux l’arrivée d’un Bigeard à Saïda  changer immédiatement la donne.

 

Le 13 mai 1958, le Général de Gaulle est appelé au pouvoir,

Cela suscite initialement en Algérie de grands espoirs, d’autant plus que, sur le plan militaire, le plan Challe porte vite ses fruits: les commandos de chasse font partout changer la terreur de camp, les barrages frontières remplissent leur office, l’utilisation tactique de détachements héliportés devient courante.

En 1960, nos succès opérationnels sont confirmés mais l’évolution du contexte politique exaspère beaucoup de pieds noirs et de militaires, ceux qui ont fait l’indochine notamment.

Je suis à cette époque à l’école de guerre à Paris mais, de loin, je sens la révolte gronder.

 

Avril 1961 le putsch

Ce mois-là, nous sommes détachés en préfectures. Pour des raisons familiales, je dois cependant revenir quelques jours à Alger. Parmi mes camarades, il n’est question que de l’imminence du putsch:

l’excitation des uns et la réticence des autres, ainsi que l’absence totale de secret, me laissent sans illusion sur ses chances de succès.

A l’ESG, son issue fait naitre, hélas, un climat assez malsain parmi nous. Le stage est interrompu et nous sommes mutés en quelques jours, certains étant par la suite chassés de l’armée.

Je garde un souvenir d’autant plus attristé de cette période que, entre autres, 4 de mes proches viennent de tomber en Algérie : Ciavaldini et Vaillant à la tête de leur escadron, Figuier s’est suicidé après l’échec du putsch et Bourgogne est assassiné par l’OAS.

 

1962 Indépendance algérienne

Nos troupes reviennent progressivement en métropole. Beaucoup de régiments sont dissous.

Ceux qui restent là-bas voient les pieds noirs quitter leur maison et savent que le FLN massacre nos harkis, sauf les quelques centaines évacués en dépit des ordres officiels.

A ce moment, une partie de nos camarades, parmi les meilleurs, quitte l’armée, d’autres n’y restent que “pour la gamelle“ et un petit tiers garde son idéal. Je crois être de ceux-là et, devenu chef de l’instruction tactique à Saumur avec un 4° galon, j’essaie de redonner du moral à ces jeunes qui s’étaient donnés à fond là-bas.

 

Témoignage particulier. Nous sommes quelques dizaines d’officiers venant  de partout et convoqués à Strasbourg par le Général de Gaulle, un jour d’hiver 1962, glacial à tous égards. Il nous dit en substance:

On me dit que vous avez du  vague à l’âme à propos de l’Indochine et de l‘Algérie. Je vous ordonne d’oublier cette période et cette forme de guerre! Tournez la page. Le danger est à maintenant à l’Est. Votre mission est désormais d’adapter l’armée de terre à la dissuasion avec emploi éventuel de l’arme nucléaire.»

Et je me dis : “Désolé, Mon Général, je ne suis pas près d’oublier la réalité de la guerre révolutionnaire  faite d’intimidation des foules par la terreur et l’endoctrinement … notre puissance de feu étant mise en échec par la ruse, la surprise et le contrôle de la population. »

J’avais d’ailleurs écrit sur ce thème mon mémoire de l’ESG en 1961 car j’avais l’intuition que nos successeurs auraient besoin, eux, de réapprendre à la faire, cette guerre-là. En 2015, il me semble que c’est bien le cas ! En 1985, j’écrirai de même « la Foudre et le Cancer ».

 

L’après Algérie,

Je participe à différents postes à Paris et en province à la transformation de l’Armée de terre.  Face à la menace soviétique, elle comprend notamment un corps de bataille de 5 divisions type 59.

Innovation de taille, elles possèdent chacune un régiment Pluton capable de lancer des armes nucléaires tactiques.

 

Trois  souvenirs personnels 

1966, Lt colonel en Alsace, j’ai à nouveau la surprise d’être, avec d’autres, convoqué à Paris derrière un parterre étoilé. Le Général de Gaulle nous annonce qu’il a décidé de quitter l’OTAN. Stupeur !

Mai 1968. Je commande le 8° Hussards à Altkirch. Les régiments de CLB sont mis en alerte pour venir maintenir l’ordre à Paris en cas de besoin. Mes hussards chargent les obus dans les EBR alors que les grévistes de l’usine en face du quartier essayent de les débaucher. Mais nous tenons nos gars en main et nous n‘aurons heureusement pas à intervenir à Paris.

Après le 30 mai, j’ai l’occasion de sortir seul à cheval en forêt avec mon chef, le général de Boissieu, et d’entendre son point de vue sur les évènements.

En 1969, nommé colonel et affecté au CETAT, j’y reçois mission de rédiger le règlement d’emploi de la division avec menace ou utilisation de l’arme nucléaire tactique.  Je fais de mon mieux !

***

Les années suivantes, je constate une vague d’antimilitarisme dans le pays et des troubles dans certains régiments. En 1973,  chef d’état-major de la 5° RM à Lyon, et bientôt  général, je vois l’adieu aux armes de mon chef, le glorieux général Lalande, sabotée Place Bellecour par un groupe de gauchistes.

En 1974, je commande la X° brigade mécanisée à Reims qui expérimente toutes les nouveautés et a l’honneur de célébrer à Mourmelon le 30° anniversaire de 1945. Mais, pendant ce temps-là,  à  Verdun, mon divisionnaire, le général Henry, doit, seul, arrêter dans la rue, un groupe de soldats mutinés à l’appel du 2° classe Krivine qui veut exploiter un accident militaire mortel pour soulever la garnison.

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Un mot  sur le rééquipement de l’armée de terre

Pendant toute cette période, je participe aux  études de matériels blindés. Nos engins modernes sont bons mais, d’une génération à l’autre, leur prix augmente beaucoup du fait de leur sophistication accrue. Or le budget est limité, d’où des commandes annuelles à l’industrie minuscules, donc coûteuses pour nous, des programmes qui s’étalent sur 15 ans ou plus, et la nécessité d’entretenir simultanément des matériels de plusieurs générations….  Je vérifierai bientôt de près le poids de tout cela.

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En revanche, je peux me réjouir de nos grands progrès réalisés sur le plan humain. Sous l’impulsion notamment du Général Lagarde, « la grande muette » réussit son aggiornamento en matière de communication interne et externe, d’information et de concertation ainsi que de pédagogie participative.

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  Je mets en œuvre tout cela de 1976 à 79 à la tête  de l’école de Cavalerie de Saumur.

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En 1979, je suis nommé commandant des écoles et centres de formation de l’armée de terre, poste passionnant où je compte finir ma carrière, mais, le 2 août 1980, le Ministre me téléphone : “Vous êtes nommé CEMAT !“

 

CEMAT

Avec moi, les plus chanceux de la “Victoire 1945“ arrivent au sommet de la hiérarchie… Le major général, (puis le CEMA lui-même Lacaze en 1981), 3 commandants de région, 3 inspecteurs d’arme, 4 directeurs…

Mais nous réalisons que les épreuves que nous avons surmontées depuis 1945 ne sont rien à côté de la difficulté de nos rapports avec les mondes politique et médiatique : différences de mentalités et méfiance réciproque. La diminution drastique des crédits limite nos moyens, ce qui provoque des critiques de l’opinion envers le service militaire armé, d’où le succès chez les étudiants du service en coopération … le tout sur fond de pacifisme et de mauvaise conscience anticoloniale.

Sans compter la priorité accordée à la dissuasion nucléaire, surestimée, selon moi, par les gouvernements successifs, y compris par M. Mitterrand fraichement converti lui-même à ce « dogme »…

Au fil des mois, mes rapports avec le Ministre de la Défense, M. Hernu, d’abord cordiaux, se tendent. Il me demande de féminiser les armes de combat, ce que je refuse. Et, surtout, je conteste son Plan à Long Terme qui sacrifie mon armée au Nucléaire, alors que je pressens qu’on aura de plus en plus besoin de vrais soldats. Je réalise que, dans ces conditions, je ne vais pas pouvoir rester longtemps CEMAT.

L’armée de terre continue cependant à tourner malgré les compressions d’effectifs : elle intervient notamment au Liban en 1982,  mais, début 1983, ont lieu de nouvelles  dissolutions de régiments.

Par ailleurs, sur demande du Chancelier  allemand qui craint de voir le territoire de son pays vitrifié en cas de guerre, le chef de l’Etat renonce au missile Hadès, prévu comme successeur du Pluton, donc à l’utilisation tactique de l’arme nucléaire par l’armée de terre.

Dans le même temps, le Ministre m’impose littéralement (sans étude préalable) la création  d’une « Force  d’Action Rapide », inutile à mes yeux, ce, sur  le conseil occulte d’un général de ses amis…

Ma résolution se précise…

 

Le 9 mars 1983, le même Ministre, tout sourire, m’annonce que le Gouvernement veut récompenser en moi un bon serviteur quand je partirai à la retraite en me trouvant un « glorieux prolongement de carrière »…  Il ajoute, toujours souriant, que cela devrait mettre fin à mon opposition à son Plan à Long Terme. Il me demande de lui adresser ma réponse par écrit. Je la lui fais porter sur l’heure, c’est ma démission.

Mais, c’est un vendredi, il a déjà quitté Paris. Il n’apprend la nouvelle que le lundi en lisant le Figaro dans l’avion du retour.  Pendant ce temps-là, je préviens tous ceux qui doivent l’être et je pars pour ma dernière inspection prévue à l’école des Transmissions de Montargis. Au retour, le Ministre me convoque et notre dernière entrevue est… très orageuse. En sortant de chez lui, je me surprends à fredonner comme Piaf : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien ! »

Commence alors pour moi une 2° vie, presque aussi passionnante que l’autre.

***

1985 : Notre camarade Lacaze, fils de gendarme et chef de nos armées, part à la retraite et entre en politique. Yves Bardon reste le dernier membre de Victoire dans l’armée active mais la France continue et l’Armée de terre, bientôt amputée des deux tiers et profondément transformée, continue à bien la servir.

 

Confidence : En 1994, M. Chirac, maire de Paris et candidat à la Présidentielle, m‘invite à dîner pour discuter du service militaire qu’il veut supprimer s’il est élu. Je le conjure de n’en rien faire et le lui confirme le lendemain par écrit… On connait la suite.

***

Conclusion : En ce jour, je pense surtout à nos camarades tombés à 25 ans au détour d’une piste, des fils de généraux comme Bernard de Lattre et Henri Leclerc de Hautecloque ou des modestes comme Marcel Gilet que j’accompagne fin 1948 au bateau qui va l’amener en Annam à la tête de partisans. Il me confie : « Je suis fiancé et je ne la reverrai jamais. Je sais que je pars vers la mort. »

Par opposition, je mesure ma chance, immense, et je me sens intensément solidaire de tous ceux de cette promotion pas comme les autres qui, ayant bien servi et pas mal souffert, témoigne modestement de sa participation à la longue chaine du devoir accompli par les soldats de la France.

Je constate sans vanité abusive que, les plus chanceux d’entre nous au moins, nous n’avons pas cessé de repartir après chaque coup reçu, d’entreprendre et de créer (et d’abord une famille),  de témoigner et de transmettre, de croire et d’espérer en la jeunesse, en nos valeurs, en la France, en la Vie…

C’est d’ailleurs le splendide message contenu dans « Les champs de braise », le maitre – livre de mon camarade de corniche Hélie de St Marc. Il n’a pu nous rejoindre à Coët en 1945 car, mal remis de sa déportation, il était à l’hôpital.

C’est aussi, en moins connu, celui de Jacques Bonfils, ici présent. Un obus lui avait arraché le bras gauche dans sa tourelle en novembre 1944, il était pourtant des nôtres à Coet en juillet 45, il s’est battu en Indo à la tête de la 10° compagnie du 3° Etranger sur la RC 4 en octobre 1950. Prisonnier des Viet pendant plus de 2 ans et libéré, à peine remis, il a voulu reparti au combat  en Algérie.                                                 Cet homme-là a consacré sa retraite à faire du bien au peuple vietnamien dont certains l’avaient pourtant beaucoup maltraité, l’aidant à reconstruire les ponts, les écoles et la cathédrale que la guerre avait cassés.

Jacques, mon ami, soldat courageux et homme de cœur, tu honores la promotion Victoire.

Avec toi, je renouvelle mon salut fraternel à nos  camarades tombés au combat.

Je rends hommage à leurs veuves, héroïques elles aussi, à leur manière, comme Denise des Essars, femme et sœur de 2 officiers de Victoire MPLF en Indochine.

A nos épouses qui ont si souvent porté seules la responsabilité de nos familles et qui nous ont aidés à vivre les moments difficiles, je témoigne de notre reconnaissance affectueuse.

Nos rangs de nonagénaires s’éclaircissent beaucoup, nous venons encore de dire adieu ces jours derniers à Pierre  Belfayol, vrai soldat et major général de l’AT 1980, et à Jean Combette, survivant miraculé du convoi de Dalat de 1948 et de bien d’autres aventures.

 

Mes amis, je crois que le Général de Lattre qui  nous inspectait (trop)  souvent en 1945 serait assez content de nous …

Il nous conseillerait cependant de continuer, jusqu’à la fin, à donner, comme lui, l’exemple de la dignité et du courage, et à rayonner notre foi en la France.

C’est bien là l’essentiel du message que nous voulions aujourd’hui transmettre aux jeunes. »

Merci

JD

 

 




Chronique historique : 23 octobre

26102015

23 octobre : fête des aumôniers militaires. L’évêché aux armées a choisi Saint Jean Capistran (1386–1456) pour saint patron des aumôniers militaires catholiques.

23 octobre 1812 : le général Malet rate son coup d’Etat contre Napoléon (Paris). Profitant de l’absence de l’empereur (campagne de Russie), le général Malet s’échappe de la résidence surveillée où il est incarcéré pour tentative de putsch. Il fait croire à la mort de Napoléon puis tente d’imposer un gouvernement provisoire. La tentative échoue lorsque le général Hulin, commandant la place de Paris, demande des ordres écrits. Malet panique, tire sur Hulin et est arrêté. Il est exécuté le 29 octobre. Napoléon, apprenant le 6
novembre qu’il avait failli être renversé, sera surtout surpris que personne n’aie crié :  »Napoléon 1er est mort, vive Napoléon 2 ! »

23 octobre 1917 : bataille de la Malmaison (Aisne). « Bataille école des offensives à objectif limité voulues par Pétain. Les objectifs assignés sont presque tous atteints dans la journée et l’offensive cesse dès le 25 après avoir atteint le canal de l’Oise ». LCL Rémy Porte (EMAT).

23 octobre 1942 : contre-attaque britannique (El Alamein). L’Afrikakorps entame une retraite définitive face à la VIIIème armée de Montgomery. C’est le premier revers significatif du Reich depuis le début de la guerre. Cette victoire d’El Alamein est en partie due à la résistance héroïque et inattendue de la brigade Koenig à Bir Hakeim en mai et juin. Le répits ainsi donné aux britanniques leur a permis de préparer leurs lignes de défense pour recevoir l’Afrikakorps.

23 octobre 1944 : bataille aéronavale de Leyte (golfe de Leyte – Philippines). Plus grande bataille aéronavale de l’histoire qui voit la neutralisation de la flotte japonaise par l’US Navy. C’est aussi la première apparition des Kamikazes.

23 octobre 1954 : création de l’U.E.O (Paris). Lors de la signature des accords de Paris, l’Union de l’Europe Occidentale est créée (F, GB, RFA, It, Benelux). Ils mettent aussi officiellement fin à l’état de guerre entre ces pays. L’U.E.O est née de l’échec de la C.E.D (communauté européenne de Défense), projet mort-né.  Dissolution de l’U.E.O en 2011.

23 octobre 1956 : début de l’insurrection de Budapest (Hongrie).La mort de Staline (1953) ayant entraîné un relâchement relatif de la pression soviétique sur l’Europe de l’Est, 20 000 étudiants hongrois provoquent la démission du gouvernement pro-Moscou lors d’une manifestation qui dégénère. L’URSS intervient  le 4 novembre avec 17 divisions et écrase la révolte en moins d’une semaine.

23 octobre 1983 : attentat contre le Drakkar (Beyrouth – Liban). A quelques minutes d’intervalle, les PC américain (aéroport) et français (bâtiment Drakkar) explosent dans un attentat au camion piégé. Les explosions tuent 241 américains et 58 français (du 1er et 9ème RCP) appartenant à la Force multinationale de sécurité de Beyrouth.




Chronique historique : 22 octobre

22102015

22 octobre 741 : mort de Charles Martel (Quierzy sur Oise – Aisne). Grand-père de Charlemagne et fondateur, de ce fait, de la lignée des Carolingiens, Charles Martel est le maire (sorte de ministre) du palais d’Austrasie (Grand Est de la France) à la fin de l’ère mérovingienne. Connu pour avoir arrêté l’invasion musulmane en 732 entre Tours et Poitiers, il a profondément réformé son armée et jeté certaines des bases du monde féodal.

22 octobre 1813 : bataille d’Unstrutt (Allemagne). Couvrant la retraite de l’armée après la bataille de Leipzig, la Jeune Garde contient les Prussiens pendant toute la journée à Unstrutt, sous le commandement du maréchal Oudinot. La Jeune Garde est le nom donné aux unités de la Garde impériale créées après 1812, pour les distinguer des grognards de la Vieille Garde, vétérans des campagnes impériales de 1805 à 1812.

22 octobre 1941 : exécution de Guy Moquet. (Châteaubriant). Un commando français abat un officier allemand à Nantes, le 20 octobre. En représailles, 48 otages sont fusillés, principalement choisis parmi les communistes incarcérés. Guy Moquet, 16 ans, en fait partie. Il est cité à l’ordre de la Nation par le général de Gaulle à la Libération.

22 octobre 1956 : arrestation de Ben Bella (espace aérien algérien). Apprenant par le SDECE que Ben Bella et des chefs du FLN doivent emprunter l’espace aérien algérien pour se rendre de Rabat (Maroc) à Tunis, l’armée française intercepte le DC3 marocain avec l’appui négocié de son équipage. Robert Lacoste, gouverneur général d’Algérie exulte devant cette prise de guerre et informe le président du Conseil, Guy Mollet. Celui-ci est embarrassé car au même moment la France, Israël et le Royaume-Uni s’apprêtent à déclencher contre l’Egypte l’opération Mousquetaire (le coup de Suez) et ne peut pas s’aliéner encore plus les opinions arabes. Il couvre cependant ce que le droit international qualifie de détournement. Ben Bella est libéré 6 ans plus tard.

22 octobre 1962 : début de la crise de Cuba. Le président américain Kennedy déclare à la télévision qu’il décide un blocus aéronaval de l’ile de Cuba où des rampes de missiles balistiques soviétiques viennent d’être découvertes. Le général de Gaulle appelle directement le président Kennedy afin de l’assurer du soutien total de la France.

22 octobre 1963 : manœuvre Big Lift. Les Etats-Unis projettent en 2 jours (22 et 23 octobre) une division entière en Europe pour démontrer leurs capacités d’intervention. Cela représente 14500 hommes avec leur équipement et véhicules.

22 octobre 1975 : premières images de Vénus. Une fusée Proton met en orbite  autour de Vénus la sonde soviétique Venera 9 (pesant 5 tonnes !). Elle fait parvenir sur Terre les premières images de la planète. Venera 9 va émettre pendant 3 mois et fournir une quantité astronomique de films et clichés.

22 octobre 1987 : mort de Lino Ventura (Saint Cloud).  Né un 14 juillet 1919 en Italie, « l’homme de la pampa » décède à 68 ans d’une crise cardiaque après une carrière d’acteur aux rôles mythiques.




Chronique historique : 21 octobre

21102015

21 octobre 1650 : naissance de Jean Bart (Dunkerque). L’un des plus grands navigateurs français.

21 octobre 1798 : révolte du Caire (Egypte). Les 38 000 hommes de Bonaparte ont débarqué à Alexandrie le 1er juillet et conquis tous les centres névralgiques d’Egypte en infligeant une lourde défaite à la légendaire cavalerie des mamelouks (bataille des Pyramides-21/07). La révolte est d’autant plus inattendue que rien ne l’annonçait : le général Dupuy commandant la place du Caire est assassiné ainsi que bon nombre d’Européens. Bonaparte réplique immédiatement et fait détruire la mosquée d’où est partie le mouvement et où se retranchent les insurgés. Pour approfondir de manière plaisante et néanmoins précise sur les batailles de la campagne d’Egypte voir les ouvrages de Fabrice Delaitre. (cf. Image).

21 octobre 1805 : défaite française de Trafalgar (eaux espagnoles). La flotte franco-espagnole commandée par l’amiral Villeneuve (40 bateaux) jusque-là enfermée dans Cadix par la flotte de Lord Nelson, profite d’une temporaire supériorité numérique pour sortir de la rade et forcer le blocus à la hauteur du cap Trafalgar. Nelson innove les tactiques de guerre navale en attaquant l’unique colonne franco-espagnole au moyen de deux colonnes perpendiculaires qui coupent la ligne en son centre. Perdant toute cohésion, les navires alliés sont réduits les uns après les autres. Avec 4 000 marins français et 1 500 espagnols tués, les alliés ont dix fois plus de pertes que les Anglais, qui ne perdent aucun navire tandis que seuls 5 vaisseaux français et autant d’espagnols échappent au carnage. Seule clarté dans cette journée, où Napoléon perd définitivement toute chance de disposer d’une suprématie locale sur mer, la mort de l’amiral anglais. Déjà rendu manchot et borgne à Aboukir, il est victime du tir d’un français, Robert Guillemard, (une rue de Toulon porte son nom) posté dans les hunes du vaisseau Le Redoutable. L’amiral Villeneuve se suicide en avril 1806, accablé par les reproches de Napoléon.

21 octobre 1870 : première bataille de Buzenval. Alors que le siège de Paris continue, les troupes françaises tentent une percée et atteignent Saint-Cucufa et La Malmaison. Les Prussiens, bousculés, envisagent déjà le retrait de leur état-major de Versailles lorsque leur contre-offensive parvient à faire reculer les troupes de la défense nationale qui sonnent la retraite. Le lendemain 22 octobre, les habitants du village de Buzenval seront mis à l’amende, 18 d’entre-deux seront traduits en conseil de guerre pour avoir aidé les troupes françaises, 2 seront déportés en Allemagne et 3 autres seront fusillés devant les habitants.

21 octobre 1899 : lancement du sous-marin le Narval (Cherbourg).  Submersible français de 117 tonnes conçu par l’ingénieur du génie maritime Laubeuf. Propulsé par une machine à vapeur de 250 chevaux, il est doté d’un moteur électrique alimenté par des accumulateurs rechargeables en surface ce qui lui donne une certaine autonomie en plongée. C’est une première mondiale.

21 octobre 1967 : marche sur le Pentagone (Washington). Plus de 100 000 manifestants protestent contre la guerre que mènent les Etats-Unis au Vietnam et demandent le retrait des Boys. En 1967 les américains perdent deux fois plus d’hommes qu’en 1966 (passage de 6000 à 11000 morts/an). L’effectif total est de 485 000 américains déployés au Vietnam.  La contestation progresse et rassemble de plus en plus de notabilités (Jane Fonda, Noam Chomsky,…).

21 octobre 1998 : la 174èmepromotion de l’ENSOA porte le nom de SCH Jean Jestin. Le jeune Jestin (né en 1920) rejoint Londres le 19 juin 1940 après avoir entendu l’appel de de Gaulle. Il participe à toutes les campagnes de la France libre, depuis le Cameroun jusqu’à Toulon en passant par El Alamein et Monte Cassino. Sur les pentes du mont Redon (Toulon), le 20 aout 1944, il est blessé pour la troisième fois depuis son engagement. Il confie le commandement de sa section à son adjoint et tente de rejoindre seul le poste de secours. Un soldat allemand isolé l’abat. Le chef Jestin est titulaire de la médaille militaire, de la légion d’honneur et est compagnon de la libération. Il est enterré à Brest.




Chronique historique : 20 octobre

20102015

20 octobre 1587 : bataille de Coutras (près de Périgueux). Le futur Henri IV est encore Henri de Navarre, le protestant, lorsqu’il remporte l’éclatante victoire de Coutras contre les troupes du roi (Henri III) emmenées par le duc de Joyeuse : Sa victoire coûte cher aux catholiques, qui ayant lancé de trop loin leur charge de cavalerie arrivent désorganisés et fatigués sur la ligne protestante renforcée d’arquebusiers et de deux couleuvrines (canons). Henri de Navarre se bat très courageusement et n’a pas besoin de galvaniser ses troupes qui animées du désir de vengeance écrasent les catholiques en à peine deux heures de bataille. A noter qu’Agrippa d’Aubigné, l’auteur des Misères, participe au combat. Navarre, en fin politique et héritier du trône, ordonne de cesser le massacre, libère ses prisonniers et fait célébrer une messe pour le duc de Joyeuse mort au combat. Coutras est un bon exemple de victoire tant tactique que politique car le vainqueur sur le terrain en ne poussant pas militairement son avantage, ménage le vaincu et surtout le fait habilement savoir.

20 octobre 1805 : victoire d’Ulm. (Allemagne). Le général autrichien Mack capitule à Ulm, rendant à Napoléon 25 000 hommes dont 18 généraux, 40 drapeaux et 63 canons.

20 octobre 1827 : bataille de Navarin (dans les eaux Grecques). La Grèce s’étant révoltée contre l’Empire Ottoman, est durement reprise en main ce qui suscite beaucoup d’indignation en Europe. Une flotte constituée par le Royaume-Uni, la France et la Russie est envoyée en Grèce afin d’attester de l’intérêt de l’Europe pour les événements en cours. Pour une raison qui fait encore débat, le combat s’engage avec la flotte ottomane qui sera détruite.

20 octobre 1918 : création de l’armée du Danube. Confiée au général Henri Berthelot, chef d’état-major de Joffre en 1914 et grand réorganisateur de l’armée roumaine (1916), l’armée du Danube combat les bolcheviks en Bessarabie.

20 octobre 1954 : c’est la date butoir que choisit le colonel Robert Bonnafous dans sa thèse de doctorat (1985 – Montpellier III) sur les prisonniers français dans les camps viet minh pour faire le bilan des pertes en Indochine : Entre 1945 et cette date, il estime qu’un prisonnier sur deux a disparu en détention. Le nombre de disparitions pouvant atteindre 72% dans certains camps et notamment ceux des prisonniers de Dien Bien Phu.

20 octobre 2014 : mort du PDG de Total (Aéroport de Moscou). Christophe de Margerie décède dans l’accident de son Falcon 50 qui a heurté au décollage une déneigeuse présente sur la piste. Total est la première entreprise française. Elle est une des 6 plus grandes compagnies pétrolières au monde.

 




Chronique historique : 19 octobre

19102015

19 octobre 202 (avant Jésus Christ) : bataille de Zama (Tunisie). Les 50 000 soldats d’Hannibal (général carthaginois) sont vaincus lors de la deuxième guerre punique par Scipion l’Africain (général romain) et ses 40 000 romains. Hannibal avait prévu de percer et désorganiser les lignes romaines avec ses 80 éléphants de combat mais Scipion créé des couloirs dans ses défenses où passent naturellement les pachydermes qui se font attaquer sur les flancs. Certains, apeurés rebroussent chemin et sèment la panique dans leurs propres rangs. Les  2ème et 3ème lignes romaines prennent à revers les Carthaginois occupés par la 1ère ligne romaine. Le bilan est lourd : 20 000 soldats carthaginois périssent contre 1500 romains. Cette bataille affaiblira définitivement Carthage qui 53 ans plus tard, lors de la troisième guerre punique, sera à nouveau vaincue par Rome après un siège de 3 ans.

19 octobre 1813 : fin de la bataille de Leipzig (Allemagne).

19 octobre 1917 : début de la guerre électronique (Paris). Après avoir constaté que les raids de zeppelins allemands utilisent pour se diriger le signal TSF émis par l’émetteur de la Tour Eiffel, les Français lancent des contre-mesures. Le signal que reçoivent dorénavant les dirigeables, leur indique Dijon au lieu de Paris. Le raid du 19 octobre (qui avait Londres pour cible) se solde par la perte des 2/3 des aéronefs allemands. Seuls 3 appareils réussissent à rallier l’Allemagne. La guerre électronique est née.




Introduction du colloque AIDOP / IHEDN du 7 octobre : « SOMMES NOUS EN GUERRE AUJOURD’HUI ? »

16102015

AIDOP

Nous publions l’introduction de Bertrand Darras, colonel (ER) et consultant, au colloque : « Sommes-nous en guerre aujourd’hui ? » organisé le 7 octobre dernier à l’amphithéâtre Foch de l’école militaire par l’AIDOP et l’IHEDN.

Napoléon et Bergson étaient d’accord pour estimer que la guerre est un état naturel et Miguel de Cervantès y voyait l’expression du changement continuel. Ces trois regards nous parlent de la permanence du phénomène et de sa nature instable.

Le propos de cette introduction est d’essayer de dépeindre les facteurs essentiels qui façonnent la guerre. Certains sont rémanents et d’autres nouveaux. Quels qu’ils soient, ils puisent leurs sources dans notre humanité et se retrouvent ainsi mêlés sous une forme toujours enracinée dans l’histoire et toujours renouvelée dans l’actualité. Leur compréhension requiert donc à la fois le regard de l’historien et de l’homme informé.

Les facteurs d’évolution de la société humaine d’aujourd’hui pourraient être résumés dans la mondialisation et ses conséquences politiques, économiques, sociales et même philosophiques, dans la nouvelle révolution industrielle, dans la crise des idées et dans l’accès aux ressources.

Il apparaît pertinent d’évoquer l’influence de ces quatre facteurs sur la guerre et sur ceux qui la font en jetant un regard sur l’ordre politique, l’économie et la technologie, notre société et la question du sens.

Les relations de l’ordre politique et de la guerre sont intrinsèques.

La dynamique en est double. La guerre influe sur l’ordre politique et l’ordre politique contribue à la nature de la guerre.

Comme l’a très clairement montré Michael Howard dans son remarquable ouvrage, « L’invention de la paix et le retour de la guerre », l’ordre politique qui précède l’ordre Westphalien actuel fut d’abord le fruit de la guerre. L’ordre féodal était la solution trouvée pour établir la sécurité dans le grand espace qu’était l’Europe. C’était une forme d’application du principe de subsidiarité à la sécurité des territoires et des populations. Cependant, au cours des siècles qui suivirent, cet ordre se transforma progressivement en source de violence. Ce fut quand la religion, par la réforme, perdit son rôle unificateur de l’Europe occidentale, que les conflits prirent une dimension intolérable et incontrôlable et débouchèrent sur la terrible guerre de 30 ans. C’est alors que l’ordre Westphalien, qui réserve aux Etats l’emploi légitime de la force, s’imposa pour mettre fin à cette dynamique perverse.

Cet ordre n’était pas censé faire disparaître la guerre. Il devait pouvoir la réguler. Dans sa vocation d’origine, la guerre y avait un début et une fin, et les familles royales un intérêt bien compris à la maintenir dans certaines limites qui préservaient leurs positions de long terme. Pour autant, de cet ordre émergea la nation qui, avec les idéologies, nourrira les guerres du XXe siècle. Il permit la mobilisation sans limites des ressources humaines. Avec l’appui des progrès technologiques et de la révolution industrielle, il apporta un développement exponentiel de la capacité de destruction qui nous conduisit jusqu’à l’arme nucléaire. Finalement, si l’ordre Westphalien parvenait parfois à limiter les effets destructeurs des nouveaux conflits, il se distinguait surtout par son aptitude à y mettre fin en rendant possible les accords entre acteurs légitimes.

Aujourd’hui, l’ordre Westphalien s’altère. La légitimité n’est plus celle des acteurs mais celle des motifs. Elle devient donc relative selon le camp dans lequel on se place. Les Etats, un temps acteurs dominants, voient leurs capacités d’actions réduites par la montée en puissance d’autres forces. Les frontières s’effacent. La santé des équilibres démocratiques inquiète, dans le cadre d’une forme d’impuissance du politique. Un nouvel espace est apparu, le cyberespace, sur lequel les gouvernements ont à peine prise. La capacité de mobilisation des moyens humains est maintenant partagée entre l’État et d’autres acteurs.

Ces mouvements ont des conséquences opérationnelles qui n’ont pas encore donné toute leur mesure. Dans le monde occidental, la relation du politique et du militaire dans la guerre a changé pour une plus grande imbrication. Nous pouvons légitimement nous demander qui a perdu l’Afghanistan, du politique qui a compté les moyens et n’est pas parvenu à régler la question des zones tribales, de la jonction politico-militaire qui a été incapable de choisir entre le pouvoir central de Kaboul et les seigneurs de guerre ou, des soldats qui n’ont pas réussi à détruire ou convaincre tous les adversaires du projet de la communauté internationale ? Dans ce conflit, l’expert est passé sous un contrôle plus prégnant et plus précis, mais pour quelle efficacité ? La guerre elle-même est maintenant « désencadrée », libérée dans ses expressions, alors que le soldat occidental y est plus contraint. Elle échappe aux décideurs habituels. Les moyens humains, le sens, les contraintes juridiques et humanitaires des différentes parties sont asymétriques. Faute d’interlocuteurs et de capacités, l’ordre politique ne maîtrise plus, un tant soit peu, le déclenchement et la fin des conflits ni leur espace et leur nature.

Les évolutions encore à venir nous laissent avec des interrogations fondamentales sur l’apparition d’un ordre politique capable d’assurer une forme de maîtrise de la guerre ou, en attendant, sur la création dans nos démocraties d’un outil de défense qui permette de relever les nouveaux défis.

L’état actuel de la conflictualité est aussi le fruit de la relation entre la guerre et l’évolution de l’économie et de la technologie.

Cette relation est tout autant inhérente à nos sociétés.

Le canon accroit la capacité de destruction, mais aussi le coût de la guerre. Il contribue à la fin de la féodalité. La révolution industrielle qui suit, complète la capacité de mobilisation sans limite des ressources humaines par celle des ressources économiques. Le cadre espace temps de la guerre se trouve totalement modifié par la technologie. Les conflits prennent une dimension globale. La guerre d’usure, où le succès dépend des ressources et non du sort d’une bataille, s’impose. La capacité de destruction massive apparaît. Le pouvoir d’en limiter l’emploi et les effets est dans les mains des Etats. Mais leur statut est diminué.

Aujourd’hui, dans la mondialisation, l’économie prend souvent le pas sur le politique. Les populations se mêlent géographiquement et s’expriment dans l’espace non régulé qu’est le cyberespace. La circulation de l’information s’accélère. Les derniers sanctuaires disparaissent. Grâce à internet, et bientôt aux objets connectés, le monde a accès à votre domaine privé. La guerre pourra venir dans votre foyer. Les liens sociaux se restructurent autour des communautés ou dans des groupes protéiformes sur le net. Les ressources diminuent, et les coûts augmentent, dans une sorte d’effet ciseaux qui pourrait pousser les modèles d’armées modernes dans une impasse. La finitude des ressources, enfin, pèsera très probablement sur les motifs de conflit.

L’ensemble de ces phénomènes a des implications opérationnelles lourdes de conséquences. L’adversaire d’aujourd’hui est polymorphe, des milices combattantes à Mohamed Merah, protéiforme, d’Al Qaida à Daesh, et ubiquitaire, du désert du Sahara à votre ordinateur. Les conflits sont longs et l’épuisement politique, économique ou humain en devient la clé. Les armées et les Etats occidentaux agissent sous contraintes accrues alors que « La guerre hors limites », selon le titre éponyme du livre de deux colonels chinois, poursuit son émergence dans les mains de nos adversaires réels et potentiels. Pour atteindre les ressources, la guerre prendra des canaux jusqu’ici peu usités. Elle s’invitera dans les entreprises où des catastrophes technologiques seront provoquées par des cyber attaques. Des familles de soldats ou de politiques seront attaquées de même, pour influencer les décideurs et affaiblir le lien entre un pays plus ou moins indifférent et des soldats prêts à risquer leur vie à la condition tacite que leur famille soit préservée.

La diminution des ressources pèse sur la capacité d’action des armées. Elle peut conduire au syndrome de la coquille vide dans lequel le nombre d’unités et quelques matériels rutilants masquent la pauvreté des moyens. La contrainte budgétaire s’accompagne d’un contrôle accru des dépenses et donc d’une consommation d’énergie importante dédiée à d’autres fins que la fin opérationnelle. Elle génère une culture bureaucratique qui s’oppose naturellement à la culture opérationnelle. La combinaison des principes de la guerre selon Foch est profondément déséquilibrée au profit de l’économie des moyens.

Dans le même temps, la lutte pour les ressources pourrait pousser la conflictualité vers les extrêmes et vers une forme de permanence au sein des sociétés comme entre les groupes humains. De plus en plus, la force s’oppose à la loi et régule des espaces entiers pour permettre l’enrichissement dans l’illégalité ou la survie de la communauté.

In fine, les défis qui s’imposent aux pays occidentaux en matière de défense s’accumulent alors que la capacité d’agir efficacement diminue et que les coûts augmentent. Dans cette configuration, il est légitime de se demander si les capacités politico-militaires occidentales sont condamnées à être efficaces localement mais inefficaces stratégiquement, et si elles permettront encore d’agir au loin alors que les défis de la protection et de la sécurité sur le territoire national s ‘amoncèlent.

La société elle-même, par sa structure et ses dynamiques, façonne ce que l’on appelle la culture de la guerre et donc la nature de celle-ci.

Quand l’ordre politique romain de l’empire occidental n’est plus à même de protéger ses populations, celles-ci, entre autres raisons, se tournent graduellement vers les élites militaires étrangères pour prendre en main leurs destinées. Dans la même logique, la classe dirigeante des trois Etats, l’aristocratie, n’était plus à la hauteur de ses responsabilités et fut happée par l’apparition combinée de l’État-nation, des lumières et de la démocratie. Ces derniers vont favoriser en deux siècles le développement d’une société prônant la liberté et l’égalité. Elle voit l’éclosion de l’individualisme et le développement de la mobilité des hommes mais n’en apportera pas moins sa part de violence. Le tissu social des trois Etats fut déchiré par la révolution et les vingt cinq ans de guerres qui suivirent.

Aujourd’hui, notre tissu social se trouve de nouveau profondément changé voire abîmé. Toute une partie de la population mondiale qui profite de la mondialisation se découple de populations encore enracinées dans leur histoire. Les inégalités sociales s’accroissent et l’ascenseur social est en panne. Les communautés endogènes réapparaissent et les communautés exogènes se multiplient dans les nations. Les crises internationales se nationalisent. Les tensions et l’insécurité se développent sur les territoires. Les codes de valeurs divergent. Les valeurs liées à la résilience des hommes comme le courage, l’énergie et la capacité d’adaptation n’irriguent plus toute la société. Certaines catégories de la population comme les soldats en sortent potentiellement isolées. Cette trame du tissu social est encore fragilisée discrètement, mais réellement, par des désastres comme celui du système (de paie) Louvois.

Cette détérioration du tissu social, ou cette mutation, si l’on est plus optimiste, a aussi des conséquences opérationnelles lourdes qui peuvent se faire sentir à plus ou moins long terme.

L’importation dans nos sociétés des crises internationales et la montée en puissance des communautés peuvent agir comme un acide sur la liberté d’action du politique et du militaire.

Le retour de la force comme régulateur dans nos sociétés mène potentiellement à une dichotomie entre l’extension des conflits et l’affaiblissement des moyens de les contenir car l’action politique est encadrée et parfois contrainte par le droit, les principes et l’exposition médiatique. Ce phénomène est de nature à remettre en question l’organisation de l’appareil de défense et de sécurité chargé de maîtriser la violence.

Le découplage de la classe dirigeante et de la population ne peut être sans conséquences sur la place des armées. Invisible au quotidien, il agit comme un poison entre deux éléments du tissu social. Dans certains pays, en des moments de crise, il a déchiré l’armée entre la population dont elle émane et qu’elle protège et la classe dirigeante politique à qui elle doit obéissance. Le rôle joué par les forces armées dans les différents pays touchés par le printemps arabe est un bon exemple des enjeux de cette dynamique. Non pas, qu’aujourd’hui, celle-ci soit un défi pour nos sociétés occidentales. Cependant, cette dynamique n’est pas saine. Et l’on ne sait jamais dans le monde incertain dans lequel nous vivons quelles en seront les conséquences de long terme.

L’accroissement de la pression médiatique conduit à une forme d’inversion du positionnement des soldats qui avaient pour mission principale de mettre en œuvre des décisions politiques et qui, aujourd’hui, doivent avant tout les légitimer. Cette intrusion du politique est encore renforcée dans la guerre au milieu des populations. Elle impose au soldat de conquérir les intérêts, les cœurs et les esprits des acteurs locaux pour obtenir leur adhésion au but politique de l’opération. Elle fait entrer le soldat dans la logique d’un candidat aux élections recherchant l’adhésion à son programme.

Dans ce cadre sociétal troublé, l’efficacité de l’action politique et militaire est au minimum gênée et la légitimité de l’action, au mieux, plus difficile à trouver.

Le dernier aspect de la relation de la société à la guerre est celui du sens.

Le sens nourrit les raisons de la guerre et sa portée. Quatre sens dominent la dynamique conflictuelle. Ce sont l’appartenance, avec la communauté ou la nation, les idées, avec la religion et les idéologies politiques prégnantes au XXe siècle, le territoire qui a porté des siècles d’ambitions royales et l’accès aux ressources qui laisse des traces de sang dans l’histoire de l’humanité. Il y a déjà eu des crises du sens dans l’histoire quand la question de la disparition de l’ordre politique féodal se cumule avec celle de la crise des idées portée par la réforme, la révolution des sciences et du début de l’européanisation de l’économie.

Le sens a produit parfois des guerres extrêmes, toujours des ambitions et de la conflictualité. Il a permis la mobilisation des ressources. Il a aussi eu un rôle positif quand il limitait les effets de la violence par les traités internationaux ou certaines actions de l’Eglise. Il avait le mérite de la clarté et donc de l’intelligibilité nécessaire au maintien d’une forme de contrôle des dérives. Mais ces différents sens ont parfois, lorsqu’ils s’entremêlaient, créé des monstres incontrôlables.

Aujourd’hui, il semble que nous soyons de nouveau entrés dans une période de crise du sens.

Des phénomènes comme :

-  le retour du religieux ;

-  la bascule du sentiment d’appartenance nationale à celui d’appartenance à une communauté ou à quelque chose de plus grand aux formes encore incertaines, comme l’Europe ou le monde ;

-  une forme de décrédibilisation des valeurs universelles ;

-  l’asymétrie des valeurs exposée à tous dans un monde médiatisé ;

-  le retour d’une concurrence de système entre le capitalisme libre de l’Occident et le capitalisme d’État bien représenté par les BRICS ;

-  la résistance des cultures et des peuples à la mondialisation et

-  le débat récurrent entre la diplomatie de principe qui se concentre sur les motifs et la diplomatie réaliste qui vise le résultat ;

sont des facteurs qui posent clairement la question du sens. S’ils le rendent illisible, ils sont de nature à engendrer une conflictualité incontrôlable. Déjà, aujourd’hui, cette turbidité du sens, altère la capacité des dirigeants à motiver l’investissement dans la protection des populations.

Les conséquences opérationnelles de cette crise sont nombreuses et vont au-delà du simple emploi des forces. Quel sens peut avoir une défense européenne si elle n’est motivée que financièrement, alors que le projet européen est mal perçu et que les cultures des armées de nos pays sont parfois si différentes ? Pourquoi un soldat d’Europe risquera t-il sa vie ?

Sur des théâtres extérieurs, l’asymétrie du sens et des motivations produit une montée vers les extrêmes dans l’expression de la violence et le retour du conflit existentiel pour au moins une des parties prenantes. Ces conflits sont longs comme ce fut le cas pour l’Irak et l’Afghanistan hier et pour la Syrie aujourd’hui.

La décrédibilisation des valeurs universelles, l’inégalité des parties prenantes devant le droit et la confrontation permanente de nos soldats à une violence barbare ne sont pas sans effets sur les capacités de nos armées. Elles impliquent une gestion fine de leurs équilibres pour maîtriser les conséquences potentiellement perverses d’une telle exposition.

Pour conclure, il apparaît clairement que nous pouvons nous demander si nous n’entrons pas dans une nouvelle période de transition opérationnelle qui pourrait être comparée, dans son ampleur, avec l’apparition des guerres nationales qui s’imposent avec la révolution française, celle des guerres idéologiques motivées d’abord par la religion puis par la politique, et celle de la guerre industrielle dont l’expression la plus flagrante est la première guerre mondiale. Ces transitions n’impliquent pas un renouvellement complet des logiques opérationnelles. Pour reprendre la formule de Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », nous sommes bien dans une évolution qui conservera forcément, si ce ne sont les moyens, au moins les logiques des anciens modèles. Nous avons cependant une dimension révolutionnaire, issue des technologies, qui est l’introduction d’un nouvel espace, le cyber espace, créé par l’homme et dont les limites et les lois sont impossibles à figer comme ce fut possible pour la terre, l’eau et l’air.

Les signes que nous avons aujourd’hui de cette évolution sont des conflits longs, bientôt hors limites, divers et parfois entremêlés donc inintelligibles. Nos adversaires seront capables de nous attaquer sans contrainte de temps car, on peut faire la paix avec un Etat mais, comment la faire avec des hackers dispersés sur notre planète ? Nos adversaires seront résilients, beaucoup plus libre de contraintes et d’impératifs que nous. Ils seront polymorphes, protéiformes et ubiquitaires.

En face, nos sociétés sont fragilisées et contraintes. Elles s’appuient sur un tissu social que l’on pourrait qualifier d’affaibli pour respecter un juste équilibre entre le pessimisme et l’optimisme. Le sens même de l’engagement est troublé. Les actions politiques et militaires sont de plus en plus entremêlées dans une combinaison qui n’a pas prouvé son efficacité comme en témoigne les échecs politico-militaires que furent les derniers conflits d’Irak et d’Afghanistan. Elles se révèlent localement décisives mais stratégiquement impuissantes.

Ces phénomènes sont de nature à profondément modifier l’environnement opérationnel. Ils altèrent l’efficacité de l’engagement de nos pays et de la protection de notre population, de ses intérêts et de son territoire. Ils devraient être de nature à nourrir une réflexion sur nos appareils de sécurité qui dépasserait les horizons structurels actuels.







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