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LIBRE OPINION de Vincent Desportes publiée le 15 juin 2014 : Au mépris du soldat

27 06 2014

Par le Général (2s) Vincent DESPORTES

Article extrait du dernier bulletin de l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAF)

Agir sous la pression

Les Français viennent d’apprendre, avec effarement, que le ministre de la défense avait brusquement décidé d’un plan pour l’amélioration des conditions de vie des soldats de la Force Sangaris en Centrafrique : il en suivra « personnellement la mise en oeuvre » et ne renoncera « ni sur ce point, ni sur un autre ». Qu’on le fasse, c’est souhaitable, mais qu’on soit obligé de le dire ! Qu’il soit ainsi avoué, candidement, que les nombreux passages du ministre et de son staff sur le théâtre d’opérations (ou les avertissements répétés des chefs militaires) ne lui ont jamais permis de se rendre compte que les conditions de vie des soldats français étaient indécentes, est proprement ahurissant.

Il aura fallu que des mères de soldats fassent entendre leur voix dans les médias pour qu’enfin la « prise de conscience » s’opère. Il aura fallu que la polémique enfle, qu’elle prenne un tour politique, avec des interventions comme celle du sénateur Christian Cambon (qui a estimé après visite in situ, qu’une « armée comme celle de la France ne (devait) pas faire subir de telles contraintes à ses soldats ») pour que l’on se préoccupe enfin de l’humanité de ces hommes qui risquent leur vie à défendre les intérêts de ceux qui les oublient parce que, justement, ils ne se plaignent pas. De la même manière, concernant les bugs répétés du logiciel de paie Louvois, il aura fallu que des familles de soldats interviennent dans les médias et s’adressent directement au ministre pour que des mesures sérieuses soient enfin décidées.

La morale voudrait que l’on porte une attention particulière au muet. Las, c’est l’inverse qui se passe. A la « Grande muette » qui se tient coite plus par honneur que par obligation, on refuse le droit commun parce qu’elle ne saurait se rebeller. On est tellement habitué à son obéissance ! Elle ira jusqu’au bout, jusqu’à l’épuisement. Elle fera toujours « au mieux », c’est dans son éthique. Elle continuera à s’engager, sans préavis, dans les pires conditions, au risque de la mort, malgré le manque de moyens, en dépit de l’état déplorable de ses véhicules de combat : ils n’avancent souvent que par miracle, à la grande surprise de nos alliés ! Malgré les exigences opérationnelles, souvent au déni de la réalité, on limite arbitrairement les budgets des opérations, on économise sur les conditions de vie pour rester dans l’épure. Peu importe, les soldats ne se plaignent pas ; économisons encore, vous voyez bien, ça ne rompt pas ! On fera toujours « mieux avec moins ». C’est cela, le soldat français.

Et bien non. Aucun corps social ne peut subir, déflation après déflation, le dédain de ceux qui le maintiennent dans une étroite dépendance par cantonnement juridique. Que penser du moral d’une institution qui, subissant déjà un plan social gigantesque – suppression de80 000 postes entre 2009 et 2019 ! – n’aurait comme horizon qu’une nouvelle aggravation de son sort et l’éloignement constant de la perspective de renouvellement de ses équipements ?

Au fond, c’est bien de mépris dont il faut parler … et c’est peut-être la face la plus sombre de la professionnalisation des armées. Ces soldats, de plus en plus lointains, de plus en plus coupés d’une cité qui, au fond, ne comprend brièvement leur utilité que lors de crises exotiques qui permettent au président de la République de se poser en « chef de guerre », sont finalement dédaignés et négligés parce qu’ils sont le reflet du monde réel, celui qui effraie et que l’on préfère ignorer dans le confort des images virtuelles.

La corde va casser. La leçon la plus nette des derniers dysfonctionnements – Louvois, harcèlements divers et autres Sangaris – est qu’un problème « militaire » qui ne devient pas un problème médiatique et politique n’est pas pris en considération. Le remède semble, à tort, évident : la syndicalisation des armées. Elle permettrait d’alerter à grand bruit et sans délai l’opinion publique sur les accrocs et les absurdités du système. Pourtant, pour inévitable qu’elle semble aujourd’hui, la syndicalisation des armées serait la pire des choses car ce dispositif enlève, par sa logique même, toute efficacité aux forces armées qui y ont recours. Dans les conditions paroxystiques du combat, face à l’adversaire qui veut votre destruction, l’efficacité impose qu’aucune décision, même discutable, ne soit discutée : ni la négociation ni, la protestation collective ne sont pas envisageables lorsqu’il s’agit de vie ou de mort, des hommes ou des Nations. Le remède serait pire que le mal.

Urgence

Les armées françaises peuvent encore, éventuellement, y échapper. Encore faut-il qu’au sommet de l’Etat, on entende enfin ceux qui ne peuvent s’exprimer et respectent l’autorité, au sens fort du terme. Et que l’on restaure, très vite, ce qu’il reste de confiance.

Vincent DESPORTES


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