Allocution du CEMA lors de la clôture de la 20e promotion de l’Ecole de Guerre, le 20 Juin 2013

28062013

Allocution du CEMA lors de la clôture de la 20e promotion de l'Ecole de Guerre, le 20 Juin 2013  dans ACTUALITE edg

Amiral, Mesdames, messieurs les officiers généraux, Mesdames, messieurs les brevetés de la promotion général de La Fayette, Mesdames, messieurs,

La clôture de la session annuelle de l’École de guerre obéit à un rituel bien réglé mais cette figure imposée n’est jamais tout à fait la même.

Chaque promotion est unique, et l’École de guerre s’adapte constamment à sa mission : préparer au mieux les officiers à commander les opérations de demain. Et pour cela, l’École de guerre, c’est toujours un fort investissement personnel et collectif !

Cette année restera pour vous une année exceptionnelle et significative.

Exceptionnelle, parce que la 20ème promotion de l’École de guerre est la meilleure ?  Peut-être : à vous de continuer à le démontrer !

Cette année fut significative, surtout, parce que ce n’est pas tous les ans que la France reformule sa stratégie de défense et de sécurité !

La préparation du Livre blanc 2013 aura été pour vous :

-         L’occasion d’échanger sur l’évolution du monde, des grands équilibres géopolitiques, de la nature et des formes de la guerre.

-         L’occasion de partager votre compréhension des contraintes pesant sur les armées, les nôtres mais aussi celles de nos alliés et nos partenaires.

-         L’occasion d’approfondir les fondements de la politique de défense de la France.

Mais l’École de guerre est avant tout l’école où l’on étudie la guerre, où l’on analyse celle d’hier et d’aujourd’hui pour mieux imaginer celle de demain. L’actualité de nos armées vous aura fourni une matière riche cette année !

Je pense à notre désengagement d’Afghanistan, à l’automne 2012, occasion d’analyser la conduite d’une manœuvre logistique complexe, l’évolution d’une opération multinationale de grande ampleur, les perspectives qui s’ouvrent désormais en Asie centrale.

Je pense au lancement de l’opération Serval, en janvier 2013. Vous aurez noté le caractère singulier de cet engagement, à nul autre pareil dans notre histoire militaire récente. Vous aurez noté l’audace et le caractère innovant de la manœuvre, le haut niveau d’intégration interarmées. Vous aurez noté la place de plus en plus prioritaire accordée aux acteurs locaux et régionaux dans la résolution de cette crise. Vous aurez noté la logique à l’œuvre dans la mutualisation interarmées et internationale des capacités, une logique pragmatique.

Nous ne sommes pas au bout de ces missions. Il faudra les conclure. Il faudra gagner la paix. Il faudra aussi se tenir prêts à relever d’autres défis opérationnels, ailleurs. Il faudra alors inventer d’autres manières de faire, adaptées à d’autres circonstances, celles que nous anticipons, celles que nous n’imaginons pas encore.

La tâche est immense. Elle n’est en fait jamais achevée. Et les contraintes sont nombreuses, des contraintes géopolitiques, des contraintes économiques et j’en passe. C’est ce qui fait la grandeur et l’intérêt du métier militaire. C’est pourquoi, là aussi, j’ai besoin d’officiers brevetés. J’en ai besoin pour demain. J’en ai besoin dès aujourd’hui. Je vous attends !

Aujourd’hui, vous quittez l’École de guerre, pour rejoindre des états-majors, des unités.

Vous avez approfondi des disciplines et des techniques supplémentaires : la stratégie, la planification, le management entre autres. Vous avez acquis des connaissances, des méthodes, un état d’esprit.

Je connais les récriminations classiques du stagiaire de l’École de guerre, à la fois ravi de cette année de respiration, impatient d’en découdre, et toujours sceptique devant la profusion d’amphis, le caractère trop « scolaire » des travaux, l’utilité de certaines matières – j’étais à votre place, il y a près de 25 ans.

Mais, quoi que vous en pensiez, quoi que vous en disiez, vous n’êtes plus les mêmes !

Vous avez vécu la nécessité de l’engagement personnel dans le travail intellectuel : à l’École de guerre, on ne s’enrichit qu’à proportion de son implication !

Vous avez développé votre sens du discernement : aujourd’hui, vous distinguez mieux l’accessoire de l’essentiel, ce qui peut attendre de ce qui est urgent ! J’insiste sur cette notion de discernement, qui s’applique tant à vos faits et gestes militaires qu’à votre comportement privé – je pense aux débats de société en particulier.

Vous aviez une idée de l’interarmées et du multinational. Depuis, vous avez mieux expérimenté ce que signifie complémentarité : des points de vue différents mais qui s’enrichissent, des compétences qui s’imbriquent les unes dans les autres, la force du collectif.

Vous avez vécu la nécessité de penser « plus haut » et « plus large », de replacer les choses dans leur contexte, de les mettre en perspective, de prendre du recul.

Et tout cela vous sera utile. Parce que dans la vraie vie des opérations militaires, dès que l’on quitte le niveau de l’exécutant, les choses ne sont jamais simples. Il faut jongler avec de multiples paramètres. Il faut déjà les identifier, il faut les mettre en relation, déterminer les leviers d’action, et manœuvrer au bon moment.

Dans cette complexité des opérations militaires, de la gestion de l’outil de défense ou de la préparation de l’avenir, l’officier breveté n’a pas toutes les réponses, mais ce n’est pas ce qu’on attend de lui. On attend de lui qu’il sache d’abord poser les bonnes questions. Et qu’il les pose. Et qu’il façonne ensuite des solutions, en mobilisant les bonnes compétences, les siennes et celles des autres.

C’est à cela que sert l’École de guerre. C’est vers cela qu’est orienté le cursus de l’École de guerre !

 

Vous allez donc quitter le cocon des salles de groupe, de l’amphi Foch ou de l’amphi des Vallières. Vous allez retrouver la réalité, une réalité difficile. Vous allez retrouver des armées qui ont changé, des armées qui changent, des armées qui vont changer. Et vous serez à la fois cibles et acteurs de ces changements !

Les armées auront besoin de votre capacité à appréhender les choses de manière globale, de votre capacité à discerner dans la complexité.

Les armées auront besoin de votre dynamisme, de votre capacité à vous remettre en cause, de votre capacité à entraîner.

En fait, votre défi sera de faire cheminer votre sens critique, l’originalité de vos réflexions, votre capacité à créer, à innover.

Nous allons vers un futur où les repères ne seront pas forcément ceux d’aujourd’hui. Mais un futur qui devra être éclairé, où les règles du jeu devront être réinventées. C’est, pour la défense des nations, pour la paix et la sécurité internationale, le rôle des chefs militaires de demain. Et ces chefs de demain, c’est vous !

Le brevet de l’enseignement militaire supérieur, que vous avez reçu ce matin, vous ouvre de nouvelles perspectives mais il n’est pas un talisman, un sésame. Il est plus un point de départ qu’un point d’arrivée : il crée plus de devoirs qu’il ne donne de droits !

Cultivez ce que vous avez semé et reçu ici. Continuez à approfondir les disciplines enseignées à l’École de guerre, la stratégie, la géopolitique, l’histoire militaire. Elles vous aident à distinguer les permanences et les contingences, elles vous portent vers les buts avant de regarder les moyens. C’est ainsi que doit raisonner le stratège, c’est ainsi que doit raisonner l’officier breveté !

Et ce, que vous serviez l’armée française ou votre armée nationale !

Je voudrais adresser quelques mots à nos camarades des nations amies de la France.

Je voudrais vous remercier pour votre implication dans l’enseignement de l’École de guerre, un enseignement rendu plus difficile encore par les obstacles de la langue. Ces obstacles, vous avez su les surmonter pour votre bénéfice personnel, pour le bénéfice de tous les stagiaires, pour celui de l’Ecole de guerre. Je vous en félicite !

Je voudrais vous remercier aussi pour ce que vous nous avez apportés : un regard différent sur le monde, sur les problématiques que nous partageons, et même sur celles que nous ne partageons pas. Dans cette appréhension de la complexité que j’évoquais à l’instant, l’échange des cultures est source d’enrichissement réciproque ; plus encore, il est, dans la résolution des crises, le meilleur chemin vers des solutions communes, vers des solutions durables, vers les solutions que nous recherchons tous.

Vous allez rentrer chez vous.

Je compte sur vous pour témoigner de ce que vous avez vu et reçu.

Je compte sur vous pour expliquer comment la France perçoit les enjeux de défense et de sécurité, comment elle planifie et conduit les opérations militaires. C’est avec vos pays que nous agissons aujourd’hui. C’est avec vos pays que nous agirons demain.

Et vous, qui êtes brevetés de l’École de guerre française, vous serez peut-être nos relais dans les opérations que nous conduirons ensemble. C’est ce qui se passe déjà aujourd’hui, sur tous nos théâtres d’opération. C’est ce que nous vivons en ce moment au Sahel, avec nos amis africains, américains, européens.

C’est dire la force de vos réseaux ! C’est dire la plus-value de la dimension internationale de notre École de guerre !

Et votre parrain de promotion, le général de La Fayette, illustre tout cela !

La Fayette, pour nous militaires français, c’était il n’y a pas si longtemps une Task Force terrestre en Afghanistan, c’est toujours une frégate de la marine nationale, un escadron de chasse de l’armée de l’air – l’un des plus prestigieux.

C’est un nom fort, lourd de sens. C’est le symbole de l’amitié franco-américaine, un symbole vivant, un symbole sans cesse entretenu.

C’est, au-delà de ce lien privilégié, le symbole de l’amitié entre les nations, une amitié guidée et fortifiée par des valeurs partagées, des valeurs pour lesquelles on s’engage, des valeurs que l’on défend.

Le général de La Fayette, c’est un esprit audacieux, un esprit moderne, un esprit tourné vers l’avenir.

C’est un esprit à la fois idéaliste et pragmatique.

C’est l’esprit que vous avez choisi de faire vôtre, pour la poursuite de votre carrière d’officier, pour le succès de vos armées.

Longue vie à la 20ème promotion de l’École de guerre, la promotion général de La Fayette !

Je vous remercie.

 




Premier prix pour « Les blessés de guerre »

28062013

Premier prix pour « Les blessés de guerre » bdgLe mardi 18 juin 2013, le premier prix Pierre-Schoendoerffer a été décerné à Hélène Risacher, Pierre-Henry Mentheour et Fabien Lasserre pour leur documentaire « Les blessés de guerre ».

Pendant six mois, ces trois journalistes de France 2 ont suivi le parcours et la rééducation de blessés de l’armée de Terre à l’hôpital d’instruction des armées Percy.

Un bel hommage aux militaires français, engagés en opération !

Trois des militaires blessés qui apparaissent dans le film, le lieutenant-colonel Laurent Catelain, le caporal Benjamin Atgie et le caporal Raphaël Ferkatadji ont assisté à la cérémonie.

La journaliste Hélène Risacher s’est dite très émue par la remise du prix : « C’était une soirée exceptionnelle, avec beaucoup d’émotion ! Nous avons tenu avant tout à célébrer le courage des soldats français. Ce prix est également le leur ».

Créé en octobre 2012, le prix Pierre-Schoendoerffer récompense chaque année une œuvre audiovisuelle célébrant l’engagement contemporain ou la vie des soldats de l’armée de Terre.

Pour cette première édition, le jury, présidé par le général d’armée Bertrand Ract Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), a également décerné une mention spéciale à « Papa s’en va-t’en guerre », film émouvant réalisé par Géraud Burin des Roziers sur l’engagement des soldats français, vu par leurs enfants.




Fêtez la musique avec les musiciens de la Défense

21062013

Fêtez la musique avec les musiciens de la Défense dans ACTUALITE fdm

Les 21 et 22 juin prochains, venez nombreux écouter les groupes et orchestres du ministère de la Défense à l’occasion de la fête de la musique.

Pour la première fois, le Gouverneur militaire de Paris réunit vendredi 21 juin à 18 heures, sur l’esplanade des Invalides à Paris, des groupes issus des musiques de l’Armée de Terre, de l’Armée de l’Air, de la Marine nationale, de la Garde républicaine et des Sapeurs-pompiers. Mais la province n’est pas en reste cette année encore avec différentes manifestations notamment en Aquitaine, Bourgogne, Bretagne, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes etc.

Programme par région (non exhaustif)

Aquitaine

Souge (33) 22 juin de 10H à 18H
Prestations musicales de la Musique de l’Air de Bordeaux lors des journées portes ouvertes du 13e régiment de dragons parachutistes.

Bourgogne

Saint-Léger-des-Vignes (58)
22 juin à partir de 20H30
Fanfare du 27ème bataillon de chasseurs alpins à la salle des fêtes.

Bretagne

Rennes (35)
21 juin à partir de 16H30
Musique de l’Artillerie dans les jardins de l’Hôtel de Chateaugiron – Hôtel de commandement de la région terre nord-ouest ;

Midi-Pyrénées

Cahors (46)
21 juin en soirée
Musique des troupes de marine et quintette de cuivres

Ile-de-France

Paris (75)
21 juin à partir de 18H00 sur l’esplanade des Invalides
« Les armées fêtent la musique ».

Rhône-Alpes

Caluire (69)
21 juin à 20H00
Musique de l’infanterie en formation dixieland à la Voie de la Dombes.

Lyon (69)
21 juin à 17H00
Musique de l’infanterie à la place des Jacobins.

 




49e session du CFMT

13062013

49e session du CFMT cfmt

La 49ème session du CFMT s’est tenue du 26 au 31 mai 2013 à Dourdan.

Dialoguant librement avec le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général d’armée Ract Madoux,  lors de la séance de clôture qu’il présidait, le CFMT a exprimé l’inquiétude suscitée par la perspective de nouveaux efforts considérables à consentir dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau Livre blanc.

En séance plénière, après avoir observé une minute de silence en hommage à nos tués et nos blessés, le CFMT a, en effet, dialogué directement avec le CEMAT.

Conscient d’avoir siégé à un moment incertain et critique pour l’avenir de l’armée de Terre, entre la parution du Livre blanc et le vote de la prochaine loi de programmation militaire, le Conseil a exprimé l’inquiétude suscitée par la perspective de nouveaux efforts considérables à consentir.

Le CEMAT était entouré de l’inspecteur général des armées, de l’inspecteur de l’armée de Terre, du directeur des ressources humaines de l’armée de Terre, du représentant du commandant des forces terrestres et du directeur du SMITer ainsi que les commandants de région Terre Ile de France et Nord-Ouest.

Retrouvez le communiqué de presse de cette 49e session sur le site internet du CFMT ou ci-après.

fichier pdf CR CFMT




High-Tech : L’application Armée de Terre disponible sur Smartphones et tablettes

13062013

High-Tech : L’application Armée de Terre disponible sur Smartphones et tablettes dans ACTUALITE ht-adt

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Des albums photos Facebook et toutes les vidéos de la chaîne You tube sont disponibles dans les rubriques « photos » et « vidéos », la rubrique « nous trouver » permet la géolocalisation de tous les centres d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA), à travers le monde ou encore la rubrique « sociale » fait un lien avec les pages Facebook et Twitter.

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libre opinion : le livre blanc selon le général Vincent Desportes | 23/05/2013

13062013

libre opinion : le livre blanc selon le général Vincent Desportes | 23/05/2013 dans ACTUALITE vd  Le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale tentait un pari intenable qui n’a pas été tenu :

 celui du maintien des ambitions :« assumer toutes les missions » (le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian) avec une baisse  sensible des moyens.

 En partant déjà d’un modèle très dégradé, « à l’os », il était impossible de faire la même chose avec sensiblement moins.

Le général Vincent Desportes est professeur associé à Sciences Po, ancien directeur de l’Ecole de Guerre et conseiller Défense du groupe RTD

Avalé le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale ! Beaucoup d’émotion avant, belle levée de boucliers bipartisane, quelques récris le 29 avril jour de la révélation officielle … et puis plus rien. L’excellente manœuvre de communication gouvernementale a estompé, puis rapidement fait oublier, que c’était une grave dégradation de la défense de la France et de sa place dans le monde que ce Livre Blanc venait d’acter.

Un nouveau mantra, pernicieux, anesthésie le monde de la défense : « Nous avons évité le pire … »

Décrochage stratégique
On a d’abord fait craindre l’apocalypse, « le modèle Z », pour que le décrochage apparaisse ensuite comme une bénédiction. Le 29 mars, notre Président s’engage et fait des promesses budgétaires … qui seront démenties par le Livre Blanc sans que nul ne s’en émeuve. Alors qu’il était impatiemment attendu, le Livre est présenté par le Président au milieu d’un « pont » de Mai, à l’Elysée certes mais juste avant une grande manifestation en faveur des entrepreneurs qui réunit tout le gouvernement … et qui fera l’ouverture des journaux télévisés. Efficace manœuvre de diversion. Dans le discours même de présentation du ministre, les chefs d’état-major sont nommément impliqués, comme pour contraindre chacun d’entre eux à l’acceptation silencieuse. Le tour est joué. Quelques discours apaisants encore. Nous serons bientôt à l’été dont nous reviendrons pour découvrir une Loi de Programmation Militaire qui entérinera le décrochage stratégique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. A défaut d’avoir fait les choix indispensables, à défaut d’avoir même sanctuarisé les budgets nécessaires au modèle défini, le Livre Blanc nous réserve probablement l’effondrement que nous croyons avoir repoussé !
Depuis plus de deux décennies, la défense de la France se dégrade. Elle se dégrade de manière homothétique sans changer de modèle, celui d’une défense globale pour une puissance à vocation mondiale. Jusqu’ici l’exercice était difficile, mais il semblait possible. Le Livre Blanc de 2008 étirait pourtant déjà le modèle au-delà de ses limites, avec des capacités déconnectées des ambitions affichées. Son image emblématique et caricaturale est celle du porte-avions : à l’instar de cet unique porte-aéronefs auquel on décida alors de ne pas donner de sister-ship, la France avait déjà fait le choix de ne plus pouvoir qu’un peu, et pas tout le temps !

Un pari intenable qui n’a pas été tenu
Le Livre Blanc 2013, pour sa part, bénéficiait de deux opportunités : celle de « devoir » choisir et celle de pouvoir politiquement s’inscrire en rupture avec les exercices antérieurs. L’occasion était donnée de penser un modèle de défense cohérent et autonome, adapté à notre situation de puissance régionale. C’était possible. Finalement, le modèle proposé n’est qu’une dégradation du précédent sans que sa cohérence ait été reconstruite, sans que notre autonomie stratégique ait été rebâtie.
Il fallait choisir. A budget en baisse, avec des coûts d’équipement qui ne peuvent que croître à chaque renouvellement, il était devenu impossible « d’assumer toutes les missions » (1), de préserver un « outil de défense complet ». Un pari intenable qui n’a pas été tenu : celui du maintien des ambitions avec une baisse sensible des moyens. En partant déjà d’un modèle très dégradé, « à l’os », il était impossible de faire la même chose avec sensiblement moins.

Les forces conventionnelles, la variable d’ajustement
Le premier arbitrage nécessaire concernait l’équilibre à rétablir entre dissuasion et capacités conventionnelles. Fallait-il maintenir à tout prix l’arsenal nucléaire en l’état, planifier même son amélioration, au risque de réduire très fortement nos capacités conventionnelles ? Ou bien fallait-il, à effet dissuasif inchangé, consentir des réductions raisonnables de l’arsenal pour préserver nos capacités d’action classiques, demeurer capables de faire face aux aléas du quotidien, aux guerres que l’on ne choisit pas, aux menaces et catastrophes sur le territoire national ? Réponse claire : pour ne pas toucher au nucléaire – alors même que d’importantes économies peuvent y être faites sans dégrader la dissuasion, cela mérite d’être répété – on fait des forces conventionnelles la variable d’ajustement budgétaire. Jusqu’à la caricature.
La France, grand pays de tradition militaire, forte de 65 millions d’habitants, ne sera désormais en mesure de participer à une opération majeure en coalition qu’à hauteur de 15.000 hommes et de 45 avions ! C’est-à-dire rien. Avant le Livre Blanc 2008, nous étions encore supposés nous engager avec 50.000 hommes et 100 avions ; depuis, nous étions tombés à 30.000 hommes et 70 avions. Le fait est là : dans les interventions conventionnelles en coalition, nous sommes revenus à nos capacités de la 1ère guerre du Golfe en 1991, capacités tant vilipendées alors pour leur insignifiance. Au sein d’une coalition, nous n’aurons plus désormais ni effet, ni influence stratégique. Nous ne serons plus à l’avenir qu’un partenaire mineur, une « proxy force ».

Une autonomie stratégique fortement dégradée
Le deuxième arbitrage relevait du dimensionnement de nos ambitions au regard de nos capacités, puis de l’adaptation de celles-ci aux premières. Ici encore, l’adéquation n’a pas été faite. Un des points positifs du Livre Blanc est d’établir des zones d’intervention prioritaires : territoire national, Europe, Méditerranée, Afrique du Nord et sub-sahélienne. Très bien. Il fallait dès lors doter la France d’une force expéditionnaire solide, en mesure de lui permettre d’exercer ses responsabilités et de protéger ses intérêts dans ces zones prioritaires. Il fallait reconstruire notre autonomie stratégique fortement dégradée aujourd’hui puisque, par manque de capacités de transport stratégique, de ravitaillement en vol, de renseignement et de mobilité opérative (hélicoptères lourds et de manœuvre) en particulier, nous ne sommes plus en mesure de conduire dans la durée que les opérations validées par les Américains. L’autonomie stratégique, la cohérence opérationnelle, sont revendiquées, à raison, tout au long du Livre Blanc, mais ce dernier ne prend pas les mesures indispensables pour les restaurer. C’est même le contraire qui se produit.

Les petits programmes condamnés
Le Livre Blanc défend l’industrie de défense intelligemment, mais de manière parfaitement théorique. A juste titre, il rappelle l’importance économique et sociale de l’activité industrielle, fait disparaître le concept pernicieux des « cercles technologiques » apparu dans l’exercice précédent, rappelle l’importance de la préservation des technologies clefs, souligne le besoin de financement étatique des recherches amont et la nécessité d’assurer la pérennité des bureaux d’études, ouvre davantage l’industrie au marché du maintien en condition des équipements, prône l’accompagnement à l’exportation. Mais, en même temps, il annonce des diminutions sensibles de cibles et des étalements de programmes.
En préservant tous les programmes « à effet majeur », il condamne nombre de « petits programmes » ceux qui assurent justement la « cohérence opérationnelle » revendiquée par ailleurs. La diminution des budgets ne pouvant porter (au moins au début, avant le « pay back » des diminutions d’effectifs) que sur les investissements conventionnels, des calculs simples montrent que ceux-ci, selon les hypothèses, pourraient diminuer immédiatement de 30 % à 40 %. Ce qui condamne pour longtemps ceux qui n’ont pas encore été lancés, dont le programme Scorpion pourtant vital pour l’efficacité des forces terrestres. L’industrie de défense est sanctuarisée théoriquement, mais elle devrait pourtant perdre mécaniquement entre 10.000 et 20.000 emplois, selon le sort réservé à la « trajectoire budgétaire ». Dans cette destruction, l’industrie terrestre et les PME seront inévitablement les premières concernées.

Un effort budgétaire de deux à trois milliards d’euros par an
Pour que l’on s’en tienne là, encore faudrait-il que les budgets prévus soient bien alloués par la LPM, que les lois de financement soient votées, puis qu’elles soient exécutées. Encore faudrait-il aussi que les fragiles hypothèses de construction ne s’effondrent pas : que la conjoncture économique soit au rendez-vous, que la croissance reprenne, qu’il y ait eu retour à l’équilibre des finances publiques, que l’exportation de matériels majeurs se concrétise enfin, que les frais de démantèlement des infrastructures militaires du CEA ne soient pas imputées au ministère de la Défense… Encore faudrait-il aussi que soient engrangés les six milliards de ressources exceptionnelles nécessaires au respect des engagements budgétaires, ce qui – même sans procès d’intention – est très improbable.
Contrairement à ce qui a été dit, l’effort budgétaire devrait se situer annuellement en moyenne entre deux et trois milliards en dessous de ce qu’il était en 2013. En 2019, fin de la LPM, nous serons donc loin du compte. Non seulement le Livre Blanc prévoit d’emblée une diminution de l’ordre du quart de nos moyens d’action conventionnels, mais il porte aussi en lui la certitude de prochaines coupes claires dans les équipements et les effectifs. D’autant que dès la fin de la décennie, si les indispensables décisions ne sont pas prises, les lancements des programmes du « nouveau » renouvellement des armes nucléaire vont venir écraser de leur poids budgétaire ce qui restera encore de nos forces conventionnelles.

L’armée de Terre suisse surpassera en format et équipements l’armée de Terre française
Le désarmement massif de l’Europe avait fait émerger la « France militaire » et lui avait donné, d’un même souffle, une responsabilité, un rôle et une chance historiques. L’opération Serval au Mali aura été le marqueur de cette brève époque. Avec ce Livre Blanc, nous nous banalisons et perdons cet avantage comparatif majeur. Alors qu’elle est déjà la plus grande puissance économique de l’Europe, l’Allemagne ressort grandie de cet exercice comme sa plus grande puissance conventionnelle ; avant la fin de la LPM, l’armée de Terre suisse surpassera en format et équipements l’armée de Terre française !

Façonné d’emblée par les contraintes budgétaires, bâti sur des trajectoires financières ambiguës et incertaines, le Livre Blanc 2013 conduit au déclassement stratégique. Que l’on parle ou non de « décrochage», en une décennie, de 2008 à 2019, les réductions d’effectifs et d’équipements auront affaibli de plus de la moitié nos capacités de combat ! Le modèle proposé constitue une dégradation homothétique du modèle précédent déjà très affaibli. En l’absence de vision et de choix clairs, n’abandonnant rien, il saupoudre les moyens pour donner à la France une armée qui peut de moins en moins dans chacun de ses domaines d’emploi. Il affaiblit partout, sans chercher à rétablir notre autonomie stratégique en comblant les trous capacitaires qui se multiplient, s’agrandissent et la minent.

Ce livre noir est celui du désarmement français.

(1) : Discours de Jean-Yves Le Drian, Ecole Militaire, lundi 29 avril 2013




Le LBDSN en version PPT

13062013

Le LBDSN en version PPT dans ACTUALITE lb-ppt-150x150

 

Ci-jointe la traduction en langue « PPT » du Livre blanc 2013…

fichier pdf LBDSN DICOD 2013

 







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