Syrie un an déjà

20 03 2012

 

Syrie un an déjà dans ACTUALITE FTEn raison de l’actualité du sujet je vous propose ce long article d’un adhérent en scolarité en Jordanie.

Issu de l’École militaire interarmes, le chef d’escadron TABARLY a principalement servi dans les troupes aéroportées au sein du 1er RHP. En cours de formation à l’école d’état major jordanienne, il est diplôme de l’institut national des langues et civilisation orientales (Langues’O) en langue arabe et a publié en 2010 « Axe turco-syrien : pour une union du Levant » dans le quotidien « l’Orient, le jour ».

Un an après les premiers soulèvements populaires de Homs et Da‘ra, le régime de Bashar el-Assad semble imperturbable et poursuit  sa répression contre les factions armées aux revendications variées. La crise syrienne n’est finalement pas si simple à décrypter  tant les facteurs  influents sur la situation sont nombreux. La presse internationale commence à montrer des signes d’incertitude et remet en question son analyse initiale : la crise syrienne n’est en rien une étape supplémentaire du « printemps arabe ». Qui se souvient réellement des premiers événements qui ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui ? Pourquoi le Rais syrien conduit-il une répression aussi violente ? Pourquoi la communauté internationale qui fut si spontanée pour accepter une intervention en Lybie l’est-elle moins pour protéger les populations Syriennes qui fuient les combats ?

C’est donc de Madaba, au sud d’Amman, que je vous propose ces quelques réflexions et analyses non exhaustives sur les causes stratégiques et politiques du probable  échec de la révolution syrienne.

 

La Syrie n’est pas la Lybie

Tout d’abord, reprenant les points de Roland Hureaux parus dans le Figaro, une intervention militaire en Syrie est peu probable dans l’immédiat :

-        La situation géographique de la Syrie ne permet pas une intervention militaire sans grave implication régionale ; une « dégénération » du conflit serait immédiate, avec le soutien « asymétrique » du Hezbollah à partir du Liban, une implication de la Turquie qui ne verrait pas d’un bon œil la présence de la France dans la région (notons que depuis le vote à l’assemblée de la loi sur le génocide arménien la Turquie a interrompu toute coopération militaire avec la France), une exploitation par Israël pour agrandir les zones-tampons périphériques, et une probable infiltration via l’Irak de groupuscules trouvant un intérêt à voir le conflit s’enliser. De plus, les grandes villes de Damas, Alep ou Lattaquié soutiennent encore le régime en place ; une intervention militaire provoquerait une « libanisation » du conflit aux effets dévastateurs pour la population, voire une explosion régionale et un fractionnement confessionnel du territoire.

-        Les minorités religieuses nombreuses en Syrie, seraient indéniablement privées de la sécurité et des libertés dont elles bénéficient sous le régime alaouite. Assad a beaucoup de défauts, mais on ne peut que reconnaitre au régime syrien la volonté et l’intérêt de garantir la liberté de culte à Damas, Sydnaya ou M’aarra. La relative stabilité du pays tient au seul fait que le régime baathiste impose une société laïque, et réprime toute velléité d’opposition politique.

-        La Turquie verrait dans ce conflit une aubaine pour renforcer son hégémonie sur la région (Cf. article « Lettre des arabisant » vol.1).  Revanche historique ? Besoin d’expansion ? Volonté de diffuser une conception faussement modérée de l’Islam ?  Une plus grande implication de cet ancien empire régional est plus que probable.

Complétons maintenant cette analyse avec ce que nous savons:

-        La Russie, alliée historique de la Syrie, bénéficie d’un accès privilégié à un port en eaux profondes à Tartous accueillant sa marine. Ce port est pour la Russie sa seule base méditerranéenne. Elle lui confère une capacité de projection unique dans toute la région. Ainsi, elle évite un blocage du détroit du Bosphore, et se place à « portée pratique » du canal de Suez et de toute flotte occidentale présente en Méditerranée.  Il est donc hors de question pour la Russie de céder à une intervention occidentale sans une garantie qu’elle n’obtiendra jamais : l’assurance de maintenir sa flotte en Méditerranée quelle que soit l’issue du conflit. De plus, la Russie poursuit ses livraisons d’armement (dont les contrats s’élèvent en 2011 à 3,5 milliards de dollars)  et les missions de conseils à la Syrie, notamment pour la mise en place des batteries de défense côtière et de missile sol-air S 300. Enfin, la mise en place en Europe par les Etats-Unis du bouclier antimissiles irrite profondément la Russie; elle pourrait monnayer l’assouplissement de sa position intransigeante à  l’ONU en échange d’une concession américaine sur ce dossier.

-        La Jordanie, bien que soutenant les sanctions économiques imposées à la Syrie par la Ligue arabe, a demandé récemment à cette dernière de pas être contrainte de les mettre en œuvre ; la Syrie est un partenaire économique majeur du royaume Hachémite, lui rapportant plus d’un milliard de dollars par an. Impossible donc pour la Jordanie d’accepter une intervention sans compensation, encore moins un enlisement du conflit qui ne manquerait pas de « réveiller » les 150 000 syriens résidant en Jordanie.

La révolution doit venir de l’intérieur

-        Le CNS (conseil national syrien), organe récemment créé et  revendiquant l’exclusivité de la représentation de l’opposition syrienne (bien que certaines dissensions au sein même de cet organisme commencent à voir le jour), est critiqué dans la presse arabe[1] et par une partie des syriens vivant à Damas ou à l’étranger[2], ceci pour plusieurs raisons : en premier lieu, les membres de ce CNS sont quasi exclusivement issus de la diaspora syrienne, et ne seraient donc pas représentatifs de la population vivant encore dans le pays et subissant les persécutions du régime. Certainement bien intentionnés, ils profiteraient cependant de l’inertie du « printemps arabe » pour tenter un retour en force ; un bref aperçu des tendances politiques au sein de ce CNS met en évidence une forte représentation des « frères musulmans » qui, bien que force politique légitime, n’est pas pour autant porteuse de grandes idées démocratiques et humanistes. Si révolution il y a, elle doit venir de l’intérieur où elle puisera toute sa légitimité pour, un jour, servir la nation.

-        A ce jour, aucune défection politique significative n’a eu lieu ; ne serait ce qu’une intention ou une critique à l’égard du gouvernement qui aurait permis d’étayer la thèse de l’incompétence du régime ou de son manque de soutien au sein de la classe dirigeante. Certes, nous sommes dans une situation où la parole tue, mais une petite, toute petite défection au cours d’un voyage aurait été la bien venue. Quant aux défections au sein de l’armée, elles semblent se limiter à une frange d’hommes du rang et peu de cadres officiers ou sous-officiers. Nous sommes loin  des défections massives de Benghazi et autres villes de l’est de la Lybie.  Mais plus significatif est l’absence de coordination entre le CNS et la FSA (Free Syrian Army), voire le refus par le premier de cautionner les actions de la dernière qui, basée en Turquie -encore la Turquie- et au Liban, donne plus l’image d’une faction armée de déstabilisation du pouvoir, appuyant ainsi la thèse du complot entretenue par Bashar el Assad. Nous sommes donc face à un embryon  d’entité politique sans bras armé, et un semblant  d’armée sans représentation politique : même le Hezbollah fait mieux !

-        Aucun soulèvement populaire ne s’est déclenché dans les grandes villes de Damas ou d’Alep, laissant les observateurs instruits douter de la réelle  volonté du peuple syrien à changer de régime. Les manifestations du quartier damascène de Midane ne surprennent personne : Midane est le quartier islamiste où sont présentes toutes les « Madrasas » qui ont pour objectif de former les « vrais musulmans » à la pratique « pure » de l’Islam. Les «internet cafés » regorgent de boursiers saoudiens, indonésiens et iraniens de 20 ans venus s’instruire. Certes, si la majorité du peuple syrien souhaite le retour des mouvements islamistes au pouvoir, la démocratie le permet et la « vox populi » fera sont œuvre, comme en Egypte ou en Tunisie, mais est-ce bien raisonnable pour l’UE ou toute puissance occidentale de permettre cela ? A part peut-être la Turquie…

 

La communauté internationale hésite :

-        La communauté internationale n’est toujours pas unanime sur l’idée d’une intervention en Syrie. La Russie, nous l’avons vu, n’y est pas favorable et a permis au régime syrien de gagner un peu de temps supplémentaire en lui « conseillant de signer le protocole de la Ligue Arabe[3] », ce que Damas s’est empressé de faire. La ligue arabe et le CNS ne souhaitent pas d’intervention étrangère sur le sol syrien. L’ONU ne se décide pas à  répondre à l’appel des Etats-Unis et de la France pour la mise en place d’un corridor humanitaire. Il faut dire que la dernière zone d’exclusion décidée par l’ONU et mise en place pour la Lybie a rapidement « évolué » en présence militaire au sol…de quoi rester frileux.

-        Apres une première vague d’environ 10 000 refugiés fuyant vers la Turquie et le Liban, le rythme des départs semble s’être stabilisé. Nous sommes loin des colonnes de centaines de milliers de syriens fuyant les combats et la répression du régime. Il est de plus en plus difficile pour les autorités turques de distinguer les vrais refugiés des syriens souhaitant venir trouver du travail en Turquie ; cela conduit à d’aberrantes reconductions aux frontières[4] et à une sous-évaluation de la crise.

-        La Syrie n’offre aucune ressource naturelle en quantité suffisante pour que l’on s’y intéresse. Bien que stratégiquement intéressante sur les plans géographique et politique, elle ne l’est pas assez pour que le retour sur investissement d’une intervention de la communauté internationale soit significatif.

 

Russie, Liban, Turquie, Israël, Irak, Jordanie, Iran…nous sommes loin de l’idée d’un conflit contenu et restreint à la seule Syrie ! A quelques mois de deux élections présidentielles (FR et USA), aucun « spin doctor » n’arriverait à convaincre les candidats de se lancer dans une telle aventure.

 

 

 


[1] http://ksa.daralhayat.com/ksaarticle/342243

[3] Déclaration du ministre syrien des affaires étrangères, Walid MOUALLEM

[4]Le 23 décembre, les autorités turques reconduisent deux refugiés du camp Reyhanli à la frontière, prétextant qu’ils n’étaient là que pour trouver du travail. Il semble qu’une erreur de traduction soit à l’ origine de cette situation dramatique. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une telle situation se produit.      http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east


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