Un peu de tactique

1 11 2010

ordregraphique.jpgTexte modifié en vue de constituer l’éditorial de la prochaine revue (172).

Nous l’avons tous constaté, à plus ou moins de frais, en exercice ou dans la réalité, la fragilité d’un dispositif se situe souvent aux limites et dans les intervalles. Les mesures de coordination et celles visant à limiter les discontinuités dans le temps et l’espace sont au cœur de tout bon OPSORDER (ordre d’opérations).

J’ai, comme beaucoup, apprécié le discours de notre CEMAT, tant lors du GRAT 2010, qu’au cours du séminaire des présidents d’officiers ou à l’occasion de son audition par la commission de la Défense nationale du 20 octobre dernier. L’effort annoncé sur les recrutements internes et contractuels des officiers confirmerait la reconnaissance de la valeur de nos origines. Dont acte, réjouissons-nous. Mais restons prudents.

Je cite ses propos. (vous reporter aux liens de ce blog pour retrouver l’intégralité du discours du CEMAT prononcé à l’Assemblée)    

 « L’armée de terre doit demeurer l’escalier social qu’elle a toujours été avec 70 % de ses sous-officiers issus du rang et 70 % de ses officiers de carrière du corps des officiers des armes issus du recrutement interne, 20 % provenant des officiers contractuels et 50 % des sous-officiers (…)

Ma seconde préoccupation résulte de la difficulté de concilier la déflation du personnel de carrière (80 % des officiers et 50 % des sous-officiers) avec le rallongement progressif des limites d’âges de deux ans. Ce problème (…) sera d’une extrême complexité pour les officiers. Sans mesures d’accompagnement dignes de ce nom, il sera difficile de maintenir une pyramide fonctionnelle et la motivation (…)

Est-ce une conséquence de ces évolutions, je relève que nous assistons depuis 2007 à une accélération des départs précoces de nos jeunes officiers de recrutement direct. Si le recrutement d’officiers contractuels permet de pallier quantitativement ce déficit, cette tendance risque de compromettre la satisfaction des besoins en commandants d’unités élémentaires et l’armement des postes de responsabilité et de haut niveau par des officiers supérieurs. Il me semble indispensable de conserver un recrutement direct substantiel et surtout un niveau de sélectivité suffisamment important en cours de carrière si l’on veut éviter la constitution, à moindre effort individuel compte tenu de l’érosion naturelle, d’un grand corps prédestiné (…) » 

Ces engagements et constats requièrent l’apport de précisions complémentaires pour éclairer l’avenir avec pertinence. Par exemple, et vous l’aurez remarqué comme moi, la répartition évoquée entre les recrutements directs et les autres ne porte que sur les officiers des armes.

  • Quid donc du devenir de nos camarades du CTA maintenant fondus au sein de l’EAM?
  • Quid également de la répartition des origines au sein des 50% de recrutement parmi les sous-officiers?
  • Quid enfin de la reconnaissance de la qualité de nos OSC: « …le recrutement d’officiers contractuels permet de pallier quantitativement ce déficit,…). J’aurais choisi une formulation moins réductrice. S’agirait-il d’un oubli, ou de la volonté de ne pas évoquer  une forme de concurrence?

Je relève un dernier point qui serait positif.  Il porte sur l’accès aux responsabilités de haut niveau. Le besoin d’un « niveau de sélectivité important (pour) éviter la constitution (…) d’un grand corps prédestiné » laisse en effet penser que cette sélectivité, pour s’exercer au détriment de la seule origine, pourrait porter sur une base large au sein de laquelle les officiers de nos recrutements garderaient toute leur place. Cet engagement est important. Je saurai le rappeler à chaque occasion où il semblerait oublié.

Mais j’ai commencé par parler tactique et j’y reviens. Ce qui fait la force actuelle de notre corps des officiers ce sont sa qualité incontestée et la continuité de sa structure. Si le premier critère tient au recrutement et à la formation, en un mot à la PREPARATION OPERATIONNELLE, le second est directement tributaire des mesures d’organisation et de gestion. Ce sont les ORDRES INITIAUX et de CONDUITE.

L’Epaulette et son président sont et resteront particulièrement vigilants. Ils relèveront toute inflexion ou évolution qui compromettrait, au-delà de la forme de l’ordre initial, le fond de son contenu. Trois points méritent déjà notre attention:

  • Le pourcentage accordé à l’EMIA au sein des 50% de recrutement sous-officier.Tout déséquilibre excessif “au profit” des OAEA/S et Rang serait une mauvaise nouvelle pour l’ensemble des origines internes. Il contredirait dans les faits le discours tenu sur l’escalier social et la sélectivité. En effet ces officiers « tardifs » ne pouvant prétendre concourir pour l’EMS 2, ce choix marginaliserait « de facto » l’origine sous-officier.
  • Le durcissement sélectif du parcours d’accès à l’EMS 2 des officiers du CTA (épreuve tactique « réservée » aux non commissaires et voie sciences et techniques administratives « réservée » à ces derniers).
  • Le parcours du combattant, mal jalonné et incertain, ouvert aux OSC (voir les billets sur le thème du DT/R).

J’y ajoute enfin la même attention portée aux OAEA/S et officiers issus de rang qui ne doivent pas faire les frais des difficultés de gestion des pyramides des grades et fonctions. Leur qualité et le tribut qu’ils paient, au même titre que leurs camarades, dans les opérations extérieures rendraient inconvenant de voir leur rôle réduit à celui de supplétifs.

J’invite donc chacun et chacune à participer à cette mission indispensable de vigie [1]. Puisque  j’ai par deux fois évoqué la tactique, n’oublions pas que le succès des opérations dépend prioritairement de l’anticipation et donc de la qualité du RENSEIGNEMENT. (JFD)

[1] « Être en sentinelle, pour découvrir et annoncer les objets qui peuvent se présenter à l’horizon. » 


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Une réponse à “Un peu de tactique”

  1. 6 01 2011
    christian lapaque (07:37:07) :

    Notre Armées de Terre est confrontées à un paradoxe singulier, la Nation a consenti pour son équipement un effort significatif qui commence à porter ses fruits.
    Elle a encaissé toutes les contraintes qui se sont présentées, acceptant et réussissant dans le même temps toutes ses missions.
    Mais elle échouera sa modernisation si elle perd la disponibilité de son matériel Majeur, à savoir l’HOMME.

    Alors pourquoi opposer les premières lignes aux 3/4, le talonneur aux deux piliers le demi d’ouverture aux 2° lignes en leur rappelant sans cesse leurs origines??? et même en les gérant par filière avec des règles différentes, qui de plus varierait en cours de constitution des l’équipe on imagine le tohu_bohu dans les vestiaires!!
    Un seul but, un seul maillot, un seul ballon(!) mais surtout un seul coeur, une seule poussée.

    Une politique n’a de sens qu’à condition d’être au service d’une évidence spirituelle.
    Saint_Exupery lettre à un otage

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